Aussitôt après cette courte instruction, le postulant est conduit par le père-maître au bas du siége de l’abbé ; on l’aide à se dépouiller de ses habits laïques, et il se revêt de l’humble froc du religieux trappiste, que l’on vient de bénir pour lui.
Aussitôt, son nom de famille disparaîtra, et il ne sera plus connu que sous le nom que la religion lui aura donné et il le conservera jusqu’à la tombe.
L’habit du Trappiste est pauvre et grossier : une chemise de serge qui, dans les commencements, semble une espèce de cilice ; une robe et un habit blanc de dessus, qu’on appelle scapulaire, pour le temps du travail ; et dans le reste du temps, une grande tunique, qui est appelée chape pour les frères novices et coule pour les religieux ; une ceinture en lisière. Le scapulaire est surmonté d’un capuce, qui sert de chapeau pendant le jour et de bonnet pendant la nuit. Tous ses habits très-simples sont en laine : en hiver, ils sont un peu légers ; mais aussi, pendant les chaleurs de l’été, ils sont trop pesants.
Voici, d’après la légende, l’origine mystérieuse de la coule, habit à longues et larges manches :
« Un ancien abbé de Cîteaux, saint Albéric, dévot à la sainte Vierge, eut une vision : un jour, pendant qu’il était à l’office avec ses frères, il venait de lui consacrer son ordre, de se dévouer à la Reine du ciel, et la sainte Vierge lui apparut vêtue de blanc et portant dans ses mains un manteau semblable au sien, dont elle revêtit le pieux abbé. »
Cette tradition explique comment le Cistercien est vêtu de blanc, quoique fils de Saint-Benoît ; comment il a renoncé à la coule noire pour prendre la coule blanche, et pourquoi chaque couvent de l’ordre se trouve placé sous le patronage de Notre-Dame.
Pendant la cérémonie de la vêture, la communauté chante le cantique d’action de grâce : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a daigné visiter les siens et les retirer de la servitude. Benedictus Dominus Deus Israël… Tous les religieux sont dans la joie, un nouveau frère vient de leur être donné.
Après sa réception, le jeune novice est confié à la sollicitude d’un religieux appelé père-maître des novices, qui est chargé de lui expliquer la règle sous laquelle il désire combattre et les engagements qu’il doit contracter ; il lui en retrace toute l’étendue et toute la sévérité. Plusieurs fois par semaine et pendant une année entière, le novice doit aussi lui-même par trois fois renouveler sa demande du premier jour ; on ne manque pas de lui représenter chaque fois que, libre encore, il peut en toute liberté de conscience se retirer, mais que le dernier pas une fois fait, ce sera sans retour et pour jamais.
En attendant, la règle oblige le supérieur à exercer le novice dans toute sorte d’humiliations, à temps et à contre-temps, ce sont ses propres termes. Dans toutes les communautés tant soit peu nombreuses, il y a toujours des emplois et des offices plus fatigants et plus humiliants à remplir : c’est un avantage qu’ils obtiennent sur leurs pères et sur leurs frères convers.
Ce n’est qu’après ces diverses épreuves que tous les religieux, réunis en une sorte de conclave, sont invités à décider en conscience et au moyen du scrutin secret, si le novice peut être admis à faire sa profession, et alors seulement celui-ci se prononce ; spontanément, sans insinuation aucune, sans même qu’on paraisse tenir beaucoup à lui, il demande à prononcer ses vœux.