Die… mensis… anno Domini 18.. : obiit in nostro monasterio de… ordinis Cisterciensis, congregationis Beatæ Mariæ de Trappa, in diœcesi… F… ann. professionis. Pro cujus animâ vestras precamur orationes et sacrificiorum suffragia de charitate, et orabimus pro vestris. — Anima ejus requiescat in pace.

Tels sont les soins que la Trappe prend de ses morts ; elle ne les délaisse pas, ne tourne pas le dos au cadavre, après avoir jeté le linceul sur sa face, pour le livrer à des mains mercenaires : elle l’inhume elle-même, sans le secours de l’étranger, et accompagne de ses prières l’âme du frère au ciel.

L’heure de l’enterrement étant venue, la cloche donne le signal ; les religieux quittent leurs travaux et se rendent à l’église. La cérémonie commence ; le supérieur, accompagné des employés de semaine, récite autour du corps les prières d’usage. Après la dernière absoute, la procession, à laquelle toute la communauté doit se trouver, défile pour aller au cimetière ; en allant, on chante le psaume In exitu Israël de Ægypto… David le chanta au souvenir de Moïse délivrant son peuple, et les Trappistes le répètent sur ce cercueil pour célébrer une nouvelle délivrance, car la terre pour eux est un exil, la vie une captivité, le monde une autre Egypte. Entre les religieux de chœur et les frères convers, vient le corps porté par quatre profès et entouré de quatre céroféraires. Le convoi s’avance sur deux rangs, précédé d’une croix, défilant vers le cimetière, où une tombe, creusée d’avance, attend celui qui plus d’une fois peut-être, était descendu vivant dans la fosse, comme pour bien la mesurer à sa taille, imitant l’acte de Charles-Quint moine de Saint-Just, qui, couché dans une bière, fit célébrer ses obsèques la veille de sa mort.

Arrivés au cimetière, au moment où le prêtre asperge et encense le corps, les quatre religieux qui le portent quittent leurs coules et le déposent aussitôt dans la fosse, au moyen de bandelettes. Le père infirmier, qui y descend, le dispose décemment et lui couvre le visage du capuce, car les religieux de la Trappe ont fait vœu de pauvreté, et on leur fait pratiquer cette vertu jusqu’après la mort ; c’est pourquoi on les enterre tels qu’ils sont, sans cercueil, mais avec leurs habits de chœur.

Après que le père abbé a jeté un peu de terre sur le corps, les mêmes religieux commencent à le couvrir. Quand on a presque achevé de chanter les antiennes, toute la communauté se prosterne sur les articles des mains, et, dans cette posture humiliante, elle demande grâce et miséricorde pour l’âme du défunt. Pour cet effet, le chantre entonne trois fois, d’un ton de voix toujours plus élevé, le verset Domine, miserere, et la communauté, répond sur le même ton : Super peccatore. Ce cri perçant, dans des circonstances si graves, pénètre jusqu’au fond de l’âme.

Les religieux rentrent ensuite, psalmodiant avec beaucoup de recueillement les sept psaumes pénitentiaux.

Ailleurs, on élève des monuments superbes, sentinelles impuissantes, qui ne sauraient protéger les plus hautes majestés de la tombe contre la pourriture et les vers ; ici, une simple croix de bois, où sont gravés le nom de religion du défunt, et l’époque de son décès, s’élève sur sa dépouille mortelle. Ainsi, après comme avant la mort ; le Trappiste est toujours lui-même appliqué à se cacher au monde et satisfait de n’être vu et connu que de Dieu seul.

XIV
Le cimetière.

Quotidie morior.

Je meurs tous les jours. (S. PAUL.)

Après avoir parcouru les divers travaux auxquels se livrent les religieux trappistes, le père hôtelier a bien voulu me faire visiter le cimetière.