Une des plus redoutables, parmi ces espèces remarquables, c’est la Méduse chevelue[60], la terreur des baigneurs et des baigneuses. L’animal représente une jolie ombrelle brune, découpée et festonnée, avec un gros pédicule et des bras nombreux, longs et rubanés, qui forment après elle une chevelure flottante, d’autant plus dangereuse qu’elle est presque diaphane. Quand on s’embarrasse imprudemment au milieu de ces filaments empoisonnés, on sent bientôt des douleurs aiguës insupportables. La Méduse, en fuyant, abandonne souvent ses cheveux, qui se détachent. Ces derniers, quoique isolés, agissent toujours, comme si l’animal était présent et comme s’il voulait se venger de leur séparation.

Les organes urticants des Méduses sont des coques très-petites disséminées dans leur peau, sur laquelle elles forment des saillies plus ou moins tuberculeuses. On les observe surtout à l’extrémité ou le long des tentacules. Ces coques sont dures, diaphanes et doublées d’une membrane mince et flexible. Au fond de leur cavité se trouve un fil long et ténu, enroulé sur lui-même pendant le repos. Ce fil peut sortir de la bourse, et l’on voit alors à sa base une ou plusieurs pointes aiguës en forme de dards. Ces poignards microscopiques, probablement creusés d’un petit canal, sont portés par une glande qui sécrète une sorte de venin. C’est avec ces petits appareils que les Méduses, dont le tissu est si faible, si délicat, et l’intelligence si obtuse, si bornée, peuvent se défendre et même attaquer. La sensation brûlante qu’elles déterminent, quand on a l’imprudence de les toucher, est si forte, qu’elle peut produire l’effet d’un vésicatoire, et donner naissance à une affection qui dure quelques jours.

La Méduse d’Aldrovande[61], qui vit dans la Méditerranée, et la Méduse de Cuvier[62], qui se trouve dans la Manche, sécrètent une bave qui offre des propriétés assez irritantes. On assure qu’une seule goutte suffit pour déterminer une inflammation de la conjonctive et même des paupières. Cette bave fait naître sur la main de très-petites élevures, accompagnées d’une vive démangeaison.

VII

C’est dans la classe des Acalèphes que les naturalistes ont placé les Béroés et les Vélelles.

BÉROÉ
(Beroe pileus Gmelin).

Les Béroés ont un corps ovoïde ou globuleux, garni de côtes plus ou moins saillantes ornées de dentelles et hérissées de filaments. Ces côtes forment quelquefois des sortes d’ailes. Certains Béroés ressemblent à de petits barils sans fond; leurs couleurs sont éclatantes: on dirait des émaux vivants.

L’espèce des côtes de l’Irlande, appelée pomiforme[63], est une petite sphère du plus pur cristal, nuancée des couleurs de l’iris. Quand elle mange, on distingue sa proie à travers son tissu. Ses côtes sont frangées; on y remarque des cils diaphanes très-mobiles, à l’aide desquels le délicieux ballon glisse et avance dans les eaux, comme un petit météore. Les mouvements des cils ont lieu avec alternance, c’est-à-dire que ceux d’une rangée s’agitent avec vivacité pendant que ceux de la rangée voisine se reposent, et que ces derniers, à leur tour, se mettent en mouvement quand les premiers sont en repos. Ce Béroé semble capricieux dans ses évolutions: quelquefois il monte à la surface de la mer, lentement, comme une bulle qui s’élève, et redescend avec la même lenteur; d’autres fois il opère une ascension d’une excessive rapidité et une descente comme la chute d’une pierre. D’autres fois encore, sans s’élever ni descendre, il pirouette sur son axe vertical, et décrit une suite de cercles transversaux, comme un gracieux valseur. (Rymer Jones.)

Cette jolie espèce possède deux tentacules six fois plus longs que son corps, très-fins, très-délicats, composés d’un axe capillaire flexueux, donnant des branches latérales courtes et arborisées. Ces tentacules descendent en divergeant de la partie inférieure du corps; ils sont très-onduleux et ressemblent à des fils d’Araignée. On assure que leur surface est couverte de vésicules microscopiques étroites et piquantes, qui servent probablement à étourdir ou à tuer la proie (Strethill Wright). L’organe le plus faible a toujours quelque moyen de perfection; il peut même devenir, comme on voit, un instrument très-dangereux.