Ces deux modes de propagation si différents (la sexuelle et la non sexuelle) se succèdent d’une manière régulière. Ils constituent ainsi une combinaison qui a reçu le nom de génération alternante, génération dans laquelle, ainsi que nous venons de le dire, les enfants ne ressemblent jamais à leur mère, mais bien à leur grand’mère.

On appelle nourrices (dénomination assez mal choisie) les individus neutres qui produisent les individus sexués.

Ces transformations successives qui ont lieu dans le même animal paraissent, au premier abord, bien extraordinaires. Cependant il se passe autour de nous, et chaque jour, des phénomènes analogues auxquels nous n’accordons qu’une assez mince attention, probablement parce qu’ils sont très-communs et que nous y sommes très-habitués. Par exemple, les Papillons les plus brillants et les plus vagabonds pondent des œufs immobiles, arrondis et sans aucune espèce d’élégance. Ces œufs produisent des chenilles destinées à ramper avec peine, vêtues le plus souvent avec simplicité. Ces chenilles, à leur tour, se changent en chrysalides condamnées à un repos léthargique, ovoïdes, couleur de corne, et ressemblant à des momies. Enfin, celles-ci se transforment en riches, légers et pétulants Papillons. Supposons ces insectes excessivement rares et cachés dans les profondeurs de l’Océan, n’est-il pas vrai qu’il aurait fallu beaucoup de temps pour reconnaître que l’œuf, la chenille, la chrysalide et le Papillon ne sont qu’un même animal? Si cet insecte avait une organisation moins compliquée, il est probable que sa chenille ou sa chrysalide (et peut-être même son œuf!) pourraient se reproduire gemmiparement ou fissiparement, c’est-à-dire par bourgeons et par scissions, et nous aurions des phénomènes exactement semblables à ceux qui se présentent dans l’évolution d’une Méduse.

Tous les médecins savent aujourd’hui que les Ténias, vers parasites rubanés et articulés, ont des larves (Cysticerques) très-différentes de l’état parfait, qui possèdent la faculté de produire d’autres larves. Chose étonnante! ces curieux animaux sont simples à une époque de leur vie, composés à une seconde époque, et redeviennent simples à une troisième.

Nous ne saurions trop le répéter, tout change et rechange dans la Nature. Dieu seul ne change pas!

Ce qui est digne de remarque chez les Papillons, c’est cette alternance de vitalité exaltée et de vitalité latente, de mouvement et de repos, qu’on observe dans la succession de leurs métamorphoses. L’œuf est immobile, la chenille rampe, la chrysalide dort, et le Papillon s’élance dans les airs. Chaque temps d’évolution est précédé par un temps d’arrêt. C’est là une des grandes lois de la physiologie. Voyez le modeste Ver à soie: toutes les fois qu’il se dispose à changer de vêtement, il demeure quelque temps dans une sorte de torpeur. Il se prépare, par un simulacre de la mort, aux mouvements d’une nouvelle vie.

«La tendance aux métamorphoses, dans le règne animal, considérée dans son ensemble, devient de plus en plus prononcée, à mesure qu’on s’éloigne davantage des types les plus élevés de l’organisation.» (Quatrefages.)

VI

Quelques Méduses donnent naissance, quand on les touche, à une sensation brûlante qui rappelle celle des Orties. De là les noms d’Orties de mer et d’Acalèphes sous lesquels on a désigné ces animaux.