Au moment où les tentacules paraissent à l’extérieur, la tunique de l’animalcule se déroule peu à peu.
Bientôt, le Bryozoaire étale ses jolis petits bras. Les appendices et les cils de ces derniers commencent leurs rapides vibrations. L’œil, trompé par la vivacité et par la régularité des mouvements qu’ils exécutent, croit voir des chapelets de gouttelettes de rosée balancés, tordus, noués et dénoués!
Les corpuscules qui flottent autour de l’animal sont violemment agités, comme s’ils étaient sous l’influence de quelque tourbillon. Malheur, dans ce moment, aux infortunés Infusoires que le hasard amène dans ce cercle fatal! (Rymer Jones.)
Dans plusieurs espèces, les observateurs ont découvert un organe particulier, le vibracule, sur lequel nous arrêterons quelques moments notre attention. C’est un filament creux, situé à l’angle supérieur et extérieur de chaque cellule, rempli d’une substance comme fibreuse et contractile, qui lui permet d’exécuter des mouvements très-remarquables. Ces mouvements ont lieu à des intervalles réguliers, ordinairement très-courts. D’abord, le filament se porte vers le bas, frémit, oscille et semble balayer; puis il revient sur lui-même, et descend dans la direction opposée, où il répète le même jeu, avec le même ordre et dans le même temps. Ces fonctions sont-elles, comme on l’a dit, indépendantes, jusqu’à un certain point, de la volonté du Bryozoaire? Quel est leur but? On pense que cet organe sert à nettoyer et surtout à fortifier l’entrée de la cellule. Il s’agite encore quelque temps après qu’on a mutilé ou tué le petit animal. La pauvre bestiole malade ou morte est encore défendue par son vibracule protecteur!
II
D’après ce qui précède, on voit que les animalcules des Bryozoaires sont plus compliqués que ceux des Polypiers. L’étude de leur anatomie confirme pleinement cette conclusion. Ainsi leur appareil digestif n’est pas réduit à un simple sac avec un seul orifice. Il présente une bouche, un pharynx, un œsophage, un gésier, un estomac membraneux, et des intestins avec une ouverture spéciale..... On a décrit des espèces dans lesquelles le gésier semble pourvu d’un certain nombre de dents intérieures, formant un merveilleux pavé, un moulin vivant, destiné à broyer la nourriture avant son entrée dans le second estomac.
L’organisme de la plus petite bête révèle à nos yeux étonnés une combinaison savante, un art admirable qui dépasse infiniment tout ce que l’industrie humaine pourrait offrir de plus parfait!
III
Les savants s’accordent aujourd’hui à placer parmi les Bryozoaires un certain nombre de faux Polypiers, dont les animalcules étaient restés pendant longtemps mal étudiés et mal connus: par exemple, les Flustres et les Eschares.
Les Flustres[88] ont de petites loges plus ou moins cornées, groupées symétriquement comme les alvéoles des Abeilles. Tantôt elles composent des croûtes qui recouvrent les Algues et les autres corps marins, tantôt elles forment des feuilles minces ou des tiges rubanées. Dans certaines espèces, il n’existe de cellules que d’un seul côté; dans d’autres, il y en a sur les deux. Leurs orifices sont extrêmement petits et défendus par des épines microscopiques.