CHAÎNES DE SALPES PHOSPHORESCENTES ENTRAÎNÉES PAR LES COURANTS.

On trouve les Salpes réunies en longues files transparentes, d’une grande délicatesse de tissu: cordons composés d’individus placés côte à côte et greffés transversalement; rubans dans lesquels chaque bestiole est greffée bout à bout avec ses sœurs; doubles chaînes parallèles de créatures sociales, tantôt alternes, tantôt opposées..... Merveilleuse symétrie qui ne déroge jamais aux lois qui la régissent! Chapelets vivants dont chaque perle est un individu!

Ces sociétés voyageuses occupent jusqu’à 30 ou 40 milles d’étendue.....

Leurs Mollusques élémentaires ont un corps oblong, à peu près cylindrique; irrégulier, contractile, souvent irisé, quelquefois phosphorescent, ouvert à chaque extrémité; d’une transparence cristalline, avec une teinte rosée ou rougeâtre à l’intérieur.

Les colonnes de Salpes glissent dans les eaux tranquilles par des ondulations régulières. Les petites nageuses de chaque file se contractent et se dilatent simultanément. Elles manœuvrent de concert comme une compagnie de soldats bien disciplinés; chaque série ne semble offrir qu’un seul individu qui flotte en serpentant. Les matelots ont donné à la chaîne le nom de Serpent de mer. (Rymer Jones.)

Ces animaux nagent habituellement le dos en bas: ils font la planche. Ils se meuvent surtout en aspirant une certaine quantité d’eau par l’ouverture postérieure (qui est munie d’une valvule) et en la rejetant par l’orifice antérieur. En sorte que leur corps est toujours poussé en arrière, et qu’il chemine à reculons (Cuvier). Bizarre locomotion, qui ne ressemble en rien à celle des autres animaux!

Lorsqu’on retire de l’eau ces chaînes animées, leurs anneaux se séparent, et leurs individus se désagrégent. La compagnie est licenciée. Les Salpes perdent la faculté d’adhérer ensemble; les soldats ne peuvent plus s’aligner.....

On rencontre quelquefois, dans la mer, des Salpes solitaires. On serait tenté de les regarder comme d’un genre différent, si de récentes découvertes n’avaient prouvé que ce sont les mères ou les filles des Salpes enchaînées. On a constaté, en effet, que ces petites Salpes solitaires s’unissent ensemble en longs rubans à une époque de leur vie, et que ceux-ci engendrent des Salpes isolées. En un mot, les Salpes enchaînées ne produisent pas des Salpes enchaînées, mais des Salpes solitaires, et celles-ci, à leur tour, donnent naissance non à des individus distincts comme elles, mais à des Salpes enchaînées. Par conséquent, une Salpe n’est pas organisée comme sa mère, ni comme sa fille, mais elle ressemble à sa sœur, à sa grand’mère et à sa petite-fille. (Chamisso, Krohn, Milne Edwards.)

SALPE SOLITAIRE
(Salpa democratica Forskål).