CHAPITRE XX
L’HUITRE.
«Mensarum palma et gloria!»
(Pline.)
I
Les sociétés protectrices des animaux accordent des récompenses aux personnes sensibles qui ont entouré de soins affectueux la vieillesse des chiens et des chevaux; elles recommandent les bons traitements et la douceur envers tous les quadrupèdes, voire même envers les oiseaux, et blâment sévèrement les hommes endurcis qui les frappent, les blessent, les torturent[97]. Dans leur excès de zèle, elles voudraient même décider l’autorité à défendre aux professeurs, dans les écoles vétérinaires et dans les facultés, de faire des opérations et des expériences sur les animaux vivants.
On sait que le fidèle ami de l’homme était déjà, du temps de Linné, une des principales victimes des expérimentateurs (anatomicorum victima!).
D’un autre côté, la loi Gramont punit les charretiers et les cochers qui traitent leurs solipèdes un peu trop brutalement.
Eh bien! les sociétés protectrices et la loi Gramont n’ont jamais rien dit sur la conduite barbare des hommes..... envers les pauvres Huîtres!
Essayons de combler cette lacune.
On commence par pêcher les Huîtres, c’est-à-dire par les tirer de leur élément. On les place ensuite dans des parcs d’eau plus ou moins saumâtre, malpropre, remplie d’une vilaine matière verte, qui s’introduit peu à peu dans leur appareil respiratoire, l’imprègne, l’obstrue et le colore. L’Huître se gonfle, engraisse, et arrive bientôt à un état d’obésité voisine de la maladie.