1o Sa figure deltoïde n’est pas sans élégance. Ses valves sont égales entre elles, bombées et à peu près triangulaires. Un des côtés de l’angle aigu forme la charnière, où l’on observe un ligament étroit et allongé. La partie antérieure du Mollusque est logée dans l’angle aigu.

2o Le prétendu pied de notre Mollusque est organisé comme un petit doigt. Il peut atteindre jusqu’à 5 centimètres de longueur; il est creusé d’un sillon longitudinal. C’est un organe de tact bien plus qu’un instrument de reptation. A ce point de vue, la Moule est plus favorisée que l’Huître, et si elle a plus de tact, elle est plus intelligente.....

Cette différence nous explique peut-être pourquoi l’on dit proverbialement: Bête comme une Huître, tandis qu’on n’a jamais dit: Bête comme une Moule! (Reveillé-Parise.)

3o Le byssus est un assemblage de petits câbles divergents qui amarrent le bivalve d’une manière si solide, qu’il peut braver l’effort de la tempête. On a plus de peine à le détacher qu’à le casser.

La glande qui sécrète le byssus se trouve près de la base du pied. Il en sort une matière d’abord demi-liquide qui remplit le sillon de cet organe, sillon qui se convertit en canal, dans lequel le fil se moule et s’organise.

Quand le Mollusque veut fixer son byssus, il allonge le pied, le porte à droite et à gauche, tâte les objets, appuie sa pointe contre le corps qu’il a choisi, dépose l’extrémité du fil, et, retirant le pied brusquement, il laisse cette extrémité adhérente. Le bivalve répète plusieurs fois ce petit manége, et chaque fois il attache un nouveau fil. Il en fixe ainsi quatre ou cinq par vingt-quatre heures, chacun long de plusieurs centimètres et terminé par un empatement. Son ancrage est complet quand il en a produit un faisceau. Le byssus de certaines Moules présente jusqu’à cent cinquante petits câbles: nos vaisseaux ne sont pas amarrés aussi solidement!

Quand la Moule a tendu un premier cordage, elle le met à l’épreuve pour s’assurer s’il est bien attaché. Elle le tire fortement, comme pour le rompre. S’il résiste à cet effort, elle travaille à la production et à la fixation du second fil, qu’elle essaye comme le premier. Décidément la Moule a plus d’esprit que l’Huître!

A l’aide de son byssus, notre bivalve se suspend à différentes hauteurs; il touche rarement le sol. Voilà pourquoi sa coquille est toujours bien unie et bien proprette. On ne peut pas en dire autant du test de son orgueilleuse rivale, dont les battants, grisâtres et raboteux, retiennent le plus souvent, dans les intervalles de leurs feuillets, de la terre, de la boue et toute sorte d’ordures étrangères. Évidemment, l’habit ne fait pas toujours le moine!

Les Moules sont, comme les Huîtres, des Mollusques sociables. On les trouve nombreuses presque partout. Elles aiment le mélange des eaux douces et des eaux salées: il est peu de rochers, à l’embouchure des fleuves, où l’on n’en rencontre quelque florissante colonie. Elles s’attachent tantôt aux branches des Polypiers et aux racines des arbres, tantôt aux bois submergés, aux piquets du rivage et à la carène des bateaux.....

II