Les perles sont d’abord très-petites. Elles s’accroissent par couches annuelles. Leur éclat et leur nuance varient comme ceux de la nacre qui les produit: tantôt elles sont diaphanes, soyeuses, lustrées et plus ou moins chatoyantes; tantôt mates, sales, obscures et plus ou moins enfumées.
IV
Les plus importantes pêcheries de Pintadines sont dans le golfe du Bengale, à Ceylan, et dans la mer des Indes. Avant 1795, ces pêcheries appartenaient aux Hollandais. Pendant la guerre des Indes, les Anglais s’en emparèrent, et la possession leur en fut définitivement cédée en 1802, avec celle de Ceylan, par suite du traité d’Amiens.
Avant le commencement de la pêche, le gouvernement ordonne une inspection des côtes. Il fait quelquefois la récolte à ses risques et périls. D’autres fois il s’adresse à des entrepreneurs. La saison de la pêche, en 1804, fut cédée à un capitaliste pour une somme de 3 millions. Afin de ne pas dépeupler toutes les zones à la fois, on ne va, tous les ans, que dans une partie du golfe.
La pêche des Pintadines, dans le golfe de Manaar, à Ceylan, commence en février ou en mars, et dure une trentaine de jours. Elle occupe plus de deux cent cinquante bateaux, qui arrivent des différentes parties de la côte.
Ces bateaux partent de dix heures du soir à minuit. Un coup de canon leur donne le signal. Dès que le jour arrive, les plongeurs se mettent à l’œuvre. Chaque barque est montée par vingt hommes et un nègre; les rameurs sont au nombre de dix. Les plongeurs se partagent en deux groupes de cinq hommes, qui travaillent et se reposent alternativement. Ils descendent jusqu’à la profondeur de 12 mètres, en se servant, pour accélérer leur descente, d’une grosse pierre pyramidale portée par une corde, dont l’autre extrémité vient s’amarrer au bateau.
D’après certains voyageurs, on fait souvent, avec les avirons et d’autres pièces de bois, une espèce d’échafaudage à jour, qui dépasse les deux côtés du bateau, et auquel on suspend la pierre à plonger. Celle-ci a la forme d’un pain de sucre et pèse 25 kilogrammes. La corde qui la soutient porte, à la partie inférieure, un étrier pour recevoir le pied du plongeur.
Au moment de descendre dans l’eau, chaque homme met son pied droit dans cet étrier, ou bien passe entre les doigts de ce pied la corde à laquelle la pierre est attachée. Il place entre ceux du pied gauche le filet qui doit recevoir les Pintadines; puis, saisissant de la main droite une corde d’appel convenablement disposée, et se bouchant les narines de la main gauche, il plonge, se tenant droit ou accroupi sur les talons.
Chaque homme n’a pour vêtement qu’un morceau de calicot qui lui enveloppe les reins. Aussitôt arrivé au fond, il retire son pied de l’étrier ou ses doigts de la corde. On remonte sur-le-champ la pierre, qu’on accroche de nouveau à l’aviron. Alors le plongeur se jette la face contre terre, et ramasse tout ce qu’il peut atteindre. Il met les Pintadines dans son filet. Quand il veut remonter, il secoue fortement la corde d’appel, et on le retire le plus tôt possible.
Il y a toujours, pour une pierre à plonger, deux pêcheurs qui descendent alternativement; l’un se repose et se rafraîchit pendant que l’autre travaille.