Signalons tout d’abord les Aplysies[115], ou Lièvres de mer, petits Mollusques qui ressemblent, jusqu’à un certain point, aux quadrupèdes dont on leur a donné le nom.
Ils vivent parmi les plantes marines. Ils ont un cou plus ou moins long et deux prolongements supérieurs creusés comme des oreilles de Quadrupède.
Leurs dents ne sont pas dans la bouche, mais dans l’estomac. Ce dernier est Quadruple; il se compose d’un jabot énorme, membraneux, d’un gésier musculeux, d’une autre poche accessoire, et d’une quatrième en forme de sac aveugle (Cuvier). Le gésier est armé de plusieurs saillies cartilagineuses, pyramidales, à base rhomboïde, dont les faces irrégulières se réunissent en un sommet partagé en deux ou trois pointes émoussées. Il y en a douze grandes placées en quinconce sur trois rangs, et sept ou huit petites disposées en ligne sur le bord supérieur. Les hauteurs de ces pyramides sont telles, que leurs pointes se touchent au milieu du gésier, et qu’il reste entre elles très-peu d’espace pour le passage des aliments, qu’elles doivent par conséquent triturer avec force (Cuvier). Dans le troisième estomac, il existe une armure tout aussi singulière: ce sont de petits crochets arqués et pointus, dirigés vers le gésier. Cuvier ne peut leur attribuer d’autre destination que d’arrêter au passage les aliments qui n’auraient pas été suffisamment broyés.
En général, chez les Mollusques, par une merveilleuse compensation, la puissance de l’estomac est toujours en raison inverse de l’insuffisance des dents. Cet organe est d’autant plus faible, que la mâchoire est mieux garnie, et d’autant plus énergique, que l’appareil dentaire est plus imparfait. Dans certaines circonstances, comme chez le Lièvre de mer, l’estomac a reçu, en supplément d’organisation, des pièces solides, plus ou moins semblables aux dents, qui lui permettent de fonctionner à la fois et comme estomac et comme bouche.
Les Aplysies exhalent une odeur désagréable[116]; elles sécrètent une humeur limpide particulière, fort âcre dans certaines espèces, qui peut faire enfler les mains de ceux qui les touchent imprudemment. Des bords de leur manteau suinte en abondance une autre liqueur d’un pourpre obscur, dont l’animal colore autour de lui l’eau de mer, quand il aperçoit quelque danger.
Ces Mollusques sont doux et timides.
Les Lièvres de mer étaient regardés par les anciens comme des animaux malfaisants. On leur attribuait une influence magique, par exemple celle d’agir sur le cœur du beau sexe et sur ses déterminations. Apulée fut accusé de sorcellerie pour avoir acheté des Aplysies à des pêcheurs. Il venait d’épouser une jeune et riche veuve; son principal crime était son mariage, et son principal accusateur le fils de cette veuve!
Les Aplysies ont des organes respiratoires frangés cachés sous leur manteau.
Chez les Tritonies, Céphalés peu différents des Lièvres de mer, ces derniers organes sont à découvert. Ils ressemblent à de petits arbustes.