Le long de nos côtes, nous avons une grande espèce de ce genre, couleur de cuivre, décrite par Cuvier[117]. Dans les eaux de la Sicile, nous en rencontrons une autre encore plus jolie, découverte par M. de Quatrefages. Qu’on se représente une sorte de petite Limace allongée, portant sur ses flancs une rangée de buissons animés, d’une excessive délicatesse. Sa tête est ornée, en avant, d’un voile étoilé de la plus fine gaze, et surmontée de deux grandes cornes transparentes comme du verre, à l’extrémité desquelles s’épanouit un bouquet de branchages roses entremêlés de fleurs violettes.
Tout près des Tritonies viennent se ranger les Scyllées.
Une d’elles, bien connue, la Scyllée pélagique[118], est commune parmi les Varecs de toutes les mers. Son corps est comprimé; le Mollusque embrasse avec son pied étroit, creusé d’un sillon, les tiges des plantes aquatiques. Il a sur le dos plusieurs séries d’organes respiratoires qui s’élèvent comme deux paires de crêtes membraneuses, donnant naissance, à leur face interne, à des pinceaux de filaments. Ses tentacules sont terminés par un creux, d’où sort une petite pointe à surface inégale. La bouche possède une sorte de trompe. Enfin, son estomac présente un anneau charnu, armé de lames cornées, tranchantes comme des couteaux. (Cuvier.)
Forster a décrit, sous le nom de Glauque (Glaucus), un genre de Gastéropodes peu différent des Scyllées. Ce sont de charmants petits Mollusques nageurs, à corps allongé, gélatineux, rétréci d’avant en arrière, et terminé par une queue grêle et pointue, comme une queue de Salamandre (Cuvier). Leur couleur est d’un gris de perle passant au bleu céleste, avec le dos nacré, traversé par deux bandes longitudinales d’un bleu foncé brillant, et le ventre taché de brun. Leur tête est petite; elle agite en avant quatre tentacules courts, coniques, disposés par paires. De chaque côté du corps s’étalent trois ou quatre appendices (nageoires branchiales) opposés, semblables à de grands éventails ovalaires ou arrondis, d’un gris bleu plus ou moins pur, avec une zone plus foncée. Chaque éventail est composé d’une palette horizontale, bordée de digitations longues, flexueuses et pointues. Les éventails antérieurs sont les plus grands et pourvus d’un pédicule. Les autres diminuent graduellement de taille et manquent de support.
L’animal se tient habituellement renversé sur le dos. Quoique paresseux, il nage avec vitesse; il est aussi distingué dans ses mouvements que recherché dans sa parure.
Cuvier a nommé Éolides[119] d’autres Gastéropodes nus, d’une physionomie tout aussi remarquable. Il les signale comme de petites Limaces sans cuirasse ni manteau. Leur tête porte quatre tentacules, et leur bouche deux petits barbillons. Leurs organes respiratoires consistent en lamelles ou filaments groupés par paquets, toujours des deux côtés du dos. Chez le Dendronote arborescent, les branchies sont au nombre de six ou sept paires; chacune porte quatre ou cinq branches principales, divisées et subdivisées en un grand nombre de ramuscules.
Quand ces Mollusques se reposent, leurs branchies affaissées s’entrecroisent, et leurs grands tentacules sont tordus comme les cornes d’un Bélier. Quand ils marchent, ils redressent ces derniers appendices et les brandissent fièrement au-dessus de leur petite tête.
DENDRONOTE ARBORESCENT
(Dendronotus arborescens Alder et Hancock).
Les Éolides sont des créatures vives, irritables, querelleuses: elles se disputent les proies avec acharnement; elles se mordent et se mutilent. Leurs organes saillants, tentacules ou branchies, se trouvent souvent, après le combat, dans un état déplorable. Il est vrai que tout cela peut repousser. M. Rymer Jones a vu un tentacule tout entier refait à neuf au bout de deux semaines.