Mais la plupart des espèces ont besoin d’être plus ou moins submergées, quelquefois même à des profondeurs considérables. Les Littorines ne s’éloignent pas des côtes. On a pêché des Fuseaux qui vivaient au-dessous de 2800 mètres.

Les Mollusques testacés habitent, soit parmi les plantes, soit parmi les rochers. Les uns restent collés à la surface des corps solides (on assure que les Patelles opposent à l’isolement une résistance de 75 kilogrammes); les autres s’enfoncent dans la vase et s’y creusent des retraites.....

La Natice mille points[123] coupe le sable avec son pied dilaté en avant et tranchant comme une pelle; elle chemine ainsi horizontalement dans l’épaisseur du sol (Deshayes). Son manteau, qui est très-ample, se replie sur sa coquille, protége les cornes, les yeux et l’orifice de la respiration contre les frottements entre deux terres, et rend en même temps la marche plus glissante.

Les univalves marins offrent dans leurs coquilles une immense variété de formes et de couleurs.

Ceux-ci sont enroulés en toupie, en vis, en escalier. Ceux-là sont façonnés en tonne, en bouton, en cadran. Quelques-uns représentent un casque, un turban, une mitre, un bonnet chinois. Certains rappellent une harpe, une olive, un radis, une tarière, une feuille de chicorée, une aile de chauve-souris, un pied de pélican, un casse-tête de sauvage..... Leur surface est lisse, polie, luisante, ou bien mate, rugueuse, et même treillissée. On y voit des plis, des côtes, des lames, des varices élevées, des saillies épineuses et des tubes droits ou infléchis.....

OLIVE DU PÉROU
(Oliva peruviana Lamarck).

PTÉROCÈRE ORANGÉ
(Pterocera aurantia Lamarck).

Tous ces coquillages, ou presque tous, sont recouverts d’un drap marin, sorte de vêtement épidermique corné, brunâtre, qui masque leur éclat et protége leurs couleurs. Celles-ci paraissent fauves, brunes, blanches, jaunes, dorées, roses, rouges, bleues, violettes, vertes[124]..... Les brunes sont les plus nombreuses et les vertes les plus rares. Il y a des univalves mouchetés ou tigrés, ou marbrés ou rayés. Quelques-uns présentent les dessins les plus bizarres ou les hiéroglyphes les plus inattendus. D’autres, une broderie fantastique, un air noté, une carte de géographie, le zigzag de la foudre, les sinuosités d’une rivière ou les ramifications d’un arbrisseau. Plusieurs sont peints somptueusement et comme drapés de pourpre et d’or. La belle parure et la grande rareté de certaines espèces de Cônes ou de Porcelaines leur donnent un prix très-élevé. Les amateurs les payent 500, 600 et même 800 francs. On cite un Cône cedonulli qui fut acheté, au commencement du XVIIIe siècle, plus de cinquante louis. La Scalaire précieuse[125] s’est vendue jusqu’à 2000 francs. La Porcelaine orange[126] a été estimée pendant longtemps à un très-haut prix. Les chefs de tribu, dans la Nouvelle-Hollande, la portent encore à leur cou, comme un symbole de leur dignité.