La tendresse sexuelle n’existe pas probablement dans l’Huître et dans la Moule; si elle s’y trouve, elle y est à coup sûr bien indéterminée, bien obscure et encore moins morale, s’il est permis de parler ainsi, que dans la Limace et dans le Limaçon.
Linné allait beaucoup trop loin, quand il se laissait entraîner par son imagination souvent si poétique. Il voyait l’amour jusque dans les fleurs. Il a publié un mémoire très-remarquable sur le mariage des plantes (Sponsalia plantarum), accompagné d’une gravure qui représente deux Mercuriales (mâle et femelle) dont la fécondation est favorisée par le zéphyr. Il a inscrit ces mots, très-significatifs, au-dessus des deux figures: «L’amour unit les plantes» (Amor unit plantas). Linné savait très-bien que la plupart des fleurs sont bisexuées (comme les Limaçons). Il avait vu et voyait tous les jours, dans un Œillet par exemple, les étamines, ou les mâles, entourer les pistils, ou les femelles, se précipiter sur leurs stigmates, les presser, les embrasser, les couvrir de pollen; mais l’immortel naturaliste abusait étrangement de l’analogie, quand il croyait trouver dans la physiologie de cette fleur le sentiment presque divin qui enflamme et ennoblit les animaux supérieurs, voire même les Limaçons et les Limaces!..... Mais revenons à nos Mollusques de la mer.
Les Céphalés de l’Océan pondent des œufs isolés ou agglomérés, sessiles ou pédiculés. Quand ces derniers sont en nombre considérable, ils forment des sphères, des rosettes, des étoiles, des coupes, des entonnoirs, des cylindres, des paquets, des grappes, des guirlandes..... Voyez le gracieux ruban des œufs de la Bullée autour d’une branche de Varec[131].
Les œufs sont blancs, jaunes, oranges, rouges, roses, d’un fauve clair, ou d’un brun foncé. Plusieurs sont entourés d’une substance gélatineuse (nidamentum) plus ou moins transparente, ou enfermés dans une capsule (oothèque) plus ou moins membraneuse.
Certains Mollusques portent leurs œufs collés au dos de leur coquille et disposés en quinconce. La Janthine suspend les siens, enfermés dans des espèces d’ampoules, à ses vessies natatoires. Ces ampoules, qui ressemblent à des graines de courge, en contiennent plus d’un million. (Quoy.)
VII
On regarde comme très-voisine des Céphalés une petite tribu de Mollusques qui nagent dans la haute mer à l’aide de deux larges ailes ou nageoires membraneuses situées à droite et à gauche de leur tête. Ces expansions sont à la fois des organes de mouvement et des organes de respiration. Les animaux qui les possèdent ont été nommés Ptéropodes (pieds-ailes).
On a comparé ces Mollusques à des Papillons qui auraient les ailes étendues. Cette comparaison, il faut l’avouer, n’est pas très-rigoureuse.
Un des plus connus parmi les Ptéropodes, c’est la Clio boréale, jolie petite créature qui se trouve par millions dans les mers du Nord. Les Baleines en consomment des quantités prodigieuses. C’est pourquoi les matelots anglais appellent ces bestioles, pâture de la Baleine.