M. Lacaze-Duthiers rapporte que, lorsqu’il faisait des recherches à Port-Mahon, en 1858, son pêcheur Alonzo, en l’attendant dans sa barque, employait souvent ses loisirs à marquer son linge et ses vêtements: il y dessinait tant bien que mal quelque croix ou quelque petit ange gardien. Il se servait d’une baguette de bois qu’il trempait dans les mucosités du manteau déchiré d’un coquillage nommé dans le pays, Cor de fel. Ce coquillage était la Pourpre bouche de sang des conchyliologistes.
POURPRE BOUCHE DE SANG
(Purpura hæmastoma Lamarck).
Avec sa baguette, le pêcheur traçait des traits jaunâtres.
«Il n’y paraîtra guère? lui dit M. Lacaze-Duthiers.
»—Cela deviendra colorado, répondit Alonzo, quand le soleil l’aura frappé.»
M. Lacaze-Duthiers pria le pêcheur de faire sous ses yeux, sur le tissu de ses vêtements, quelques-uns des traits ou dessins qu’il savait exécuter. Alonzo obéit. M. Lacaze-Duthiers continua ses explorations. Mais bientôt, c’est-à-dire au bout de deux minutes, il fut poursuivi par une odeur horriblement fétide. Il vit en même temps les parties marquées sur son linge prendre une couleur violette d’une vivacité remarquable.
III
Les coquillages qui fournissaient la pourpre aux Grecs et aux Romains étaient des Gastéropodes. Ces coquillages appartenaient au genre Pourpre (Purpura) et au genre Rocher (Murex).
Parmi les Pourpres, on doit citer la bouche de sang, dont nous venons de parler, et la teinture[132].