Pline parle d’un monstre qui avait l’habitude d’aborder à Castria, sur la côte d’Espagne, pour dévaster les étangs. Il en dévorait tous les poissons. Cet animal pesait 350 kilogrammes. Ses bras gluants étaient longs de 10 mètres. Sa tête était grosse comme un tonneau; elle offrait la capacité de quinze amphores, et fut envoyée au proconsul L. Lucullus.

Olaüs Magnus raconte les hauts faits d’un Céphalopode colossal, qui avait au moins un mille de longueur, et dont l’apparition au sein des eaux ressemblait plus à une île qu’à un animal[136] (similiorem insulæ quàm bestiæ). Ce terrible Mollusque avait été nommé Kraken.

L’évêque de Nidaros découvrit un de ces animaux gigantesques, qui dormait tranquillement au soleil, et le prit pour un immense rocher. Il fit dresser un autel sur son dos, et y célébra la messe. Le Kraken demeura immobile tout le temps de la cérémonie. Mais à peine l’évêque eut-il regagné le rivage, que le monstre replongea dans la mer. (Bartholin.)

Les excréments de cette affreuse bête répandaient un parfum si suave, que les Poissons d’alentour accouraient en toute hâte pour s’en repaître. Alors l’impitoyable Gargantua ouvrait son effroyable gueule, semblable à un golfe ou à un détroit (instar sinûs aut freti), et engloutissait tous les malheureux petits ou grands qui se trouvaient à sa portée. (Bartholin.)

Pontoppidan, évêque de Bergen, regarde comme très-authentique l’histoire de ce fameux Kraken. Il assure qu’un régiment pourrait manœuvrer à l’aise sur son dos!

Linné, dans la première édition de son Système de la nature, admet l’existence de ce monstre imaginaire, et le désigne sous le nom de Sepia microcosmus. Plus tard, mieux instruit, il l’effaça de la liste des animaux vivants.

Sonnini n’a pas suivi l’exemple du grand naturaliste suédois. Il a représenté, dans ses Suites à Buffon, ce géant des Céphalopodes étreignant dans ses bras démesurés un vaisseau de haut bord, et cherchant à l’engloutir. Inutile de dire que son dessin n’est pas d’après nature!

Pernetti parle d’un monstre du même genre et de la même taille, qui réussit à faire sombrer un autre vaisseau.

L’existence du Kraken est regardée comme une fable. La science la repousse comme les récits exagérés, analogues, de Pline et d’Élien. Nous ne sommes plus au temps où l’on croyait à des animaux marins tellement volumineux, qu’il leur eût été impossible de passer par le détroit de Gibraltar!

Cependant il est bien reconnu aujourd’hui qu’il se trouve, dans la Méditerranée et dans l’Océan, des Céphalopodes réellement énormes, non pas, toutefois, de la grandeur d’un vaisseau, d’une Baleine, d’une île....., ou plus larges qu’un détroit....., mais d’une taille assez extraordinaire pour mériter le nom de gigantesques.