Il est probable que ce Mollusque colossal était malade ou épuisé par une lutte récente, soit avec un Céphalopode de sa taille, soit avec quelque autre monstre de la mer. On expliquerait ainsi pourquoi il avait quitté les profondeurs de l’Océan et les rochers qui lui servent de repaire, pourquoi il présentait une sorte de lenteur et, pour ainsi dire, de gêne dans ses mouvements, et pourquoi enfin il n’a pas obscurci les flots avec son encre. A en juger par sa taille, il aurait dû lâcher au moins un baril de liqueur noire, s’il avait été bien portant et qu’il n’eût pas épuisé ce moyen de défense dans un récent combat.
M. Berthelot a interrogé de vieux pêcheurs canariens, qui lui ont assuré avoir vu plusieurs fois, vers la haute mer, de grands Céphalopodes rougeâtres, de 2 mètres et plus de longueur, dont ils n’avaient pas osé s’emparer. Aujourd’hui, ce n’est pas sans une certaine émotion qu’ils ont appris l’existence, dans leurs parages, d’un voisin aussi redoutable, quoique
..... Il ait perdu la queue à la bataille.
Très-probablement ce monstre n’est pas le seul de son espèce, ni peut-être de sa taille, aux environs de Ténériffe.
Ce Mollusque est-il un Calmar ou un Céphalopode voisin des Calmars, ainsi que plusieurs journaux ont paru le décider? Si nous en jugeons par la figure que M. S. Berthelot a bien voulu nous communiquer (cette figure a été dessinée, pendant la lutte, par un des officiers de l’Alecton), l’animal possède deux nageoires terminales, comme les Calmars; mais il a huit bras égaux entre eux, comme les Poulpes. On sait que les Calmars, comme les Sèches, ont dix bras, dont deux très-longs. Est-ce une espèce intermédiaire entre les Calmars et les Poulpes? Faut-il admettre, avec MM. Crosse et Fischer, que le Mollusque avait probablement perdu ses grands bras dans quelque lutte antérieure?
Les deux savants malacologistes que nous venons de citer, proposent de désigner le nouveau monstre sous le nom de Calmar de Bouyer[140].
IV
De même que les autres Mollusques, les Céphalopodes sont tantôt nus, tantôt pourvus d’une coquille. Les premiers sont plus nombreux que les seconds. C’est l’inverse, comme on l’a déjà vu, chez les Acéphales et les Céphalés.
Les Céphalopodes testacés sont l’Argonaute et le Nautile.
L’Argonaute papyracé[141] est un mollusque bien connu des anciens, de Pline, par exemple.