«Commandant! la vigie signale un débris flottant par bâbord devant.
—C’est rougeâtre, on dirait un bout de mât.
—C’est un paquet d’herbes.
—C’est une barrique.
—C’est un animal, on voit les pattes.»
Cependant l’Alecton approchait du grand Mollusque de toute la vitesse de sa machine. Le commandant fit stopper, et, malgré les dimensions de l’animal, il manœuvra pour s’en emparer. Malheureusement, une forte houle prenait l’Alecton en travers, lui imprimait des roulis désordonnés et gênait ses évolutions; tandis que, de son côté, le Mollusque, quoique toujours à fleur d’eau, se déplaçait avec intelligence, et semblait vouloir éviter le navire.
En toute hâte on chargea des fusils; on prépara des harpons et l’on disposa des nœuds coulants. Mais, aux premières balles qu’il reçut, le monstre plongea et passa sous le navire. Il ne tarda pas à reparaître à l’autre bord. Attaqué avec les harpons et blessé par de nouvelles décharges, il disparut deux ou trois fois, et chaque fois il se montrait, quelques instants après, à fleur d’eau. Il agitait ses longs bras dans tous les sens. Mais le navire le suivait toujours, ou bien arrêtait sa marche, selon les mouvements de l’animal. Cette chasse dura plus de trois heures.....
Le commandant de l’Alecton voulait en finir, à tout prix, avec cet ennemi d’un nouveau genre. Néanmoins il n’osa pas risquer la vie de ses marins en faisant armer une embarcation. Il pensa, avec raison, que le monstre aurait pu la faire chavirer, en la saisissant avec un de ses formidables bras. Les harpons qu’on lançait s’enfonçaient dans un tissu mollasse, sans consistance, et en sortaient sans succès. Plusieurs balles (au moins une vingtaine) avaient traversé inutilement divers endroits de son corps. Cependant il en reçut une qui parut le blesser grièvement; car il vomit une grande quantité d’écume et de sang mêlés à des matières gluantes qui répandirent une forte odeur de musc. Ce fut dans cet instant qu’on parvint à le saisir avec un harpon et avec un nœud coulant. Mais la corde glissa le long du corps élastique, et ne s’arrêta que vers l’extrémité, à l’endroit des deux nageoires.
On tenta de le hisser à bord. Déjà la plus grande partie du Mollusque se trouvait hors de l’eau, quand un violent mouvement fit déraper le harpon. L’énorme poids de la masse agit sur le nœud coulant, qui pénétra dans les chairs, les déchira, et sépara la partie postérieure du reste de l’animal. Alors le monstre, dégagé de cette étreinte, retomba lourdement dans la mer, et disparut.
Le morceau détaché pesait une vingtaine de kilogrammes. On l’a porté à Sainte-Croix de Ténériffe.