On conserve au Collége des chirurgiens de Londres une mandibule de Céphalopode, qui paraît venir des mers du Nord. Elle est plus grande que la main.

M. Steenstrup (de Copenhague) a publié des observations très-intéressantes sur un Céphalopode gigantesque[138] rejeté en 1853 sur le rivage du Jutland. Le corps de cet animal, dépecé par les pêcheurs, fournit la charge de plusieurs brouettes. Son arrière-bouche était grande comme la tête d’un enfant.

Le même naturaliste a fait connaître un autre Mollusque colossal[139], qu’on suppose rapporté de Saint-Thomas. Il a montré à M. le professeur Auguste Duméril un tronçon de bras d’une autre espèce, de la grosseur de la cuisse.

Enfin, M. Harting a décrit et figuré diverses parties plus ou moins volumineuses d’un individu du même groupe, qui se trouvent dans le musée d’Utrecht.

Toutes ces observations s’appliquent évidemment à plusieurs espèces de Céphalopodes voisines des Sèches, des Calmars ou des Poulpes, dont la taille dépasse de beaucoup celle de tous les Invertébrés connus. (M. Edwards.)

III

Quoi qu’il en soit, voici un exemple authentique d’un de ces énormes animaux, observé entier et vivant, à quarante lieues N. E. de Ténériffe, par l’aviso à vapeur l’Alecton.

L’histoire de cette découverte est extraite du rapport officiel du commandant Bouyer, lieutenant de vaisseau, et d’une relation de M. Sabin Berthelot, consul de France aux îles Canaries.

Le 30 novembre 1861, l’aviso à vapeur l’Alecton, se rendant à Cayenne, rencontra, entre Madère et les îles Canaries, un Céphalopode monstrueux qui nageait à la surface de l’eau. Cet animal mesurait 5 à 6 mètres de longueur, sans compter les huit bras formidables couverts de ventouses qui couronnaient sa tête. Ses yeux, à fleur de tête, avaient un développement prodigieux, une teinte glauque et une effrayante fixité. Sa bouche, en bec de perroquet, pouvait offrir 50 centimètres d’ouverture. Son corps, fusiforme, mais très-renflé vers le milieu, présentait une énorme masse, dont le poids a été estimé à plus de 2000 kilogrammes. Ses nageoires, situées à l’extrémité postérieure, étaient arrondies en deux lobes charnus d’un très-grand volume.

Ce fut à deux heures de l’après-midi que l’équipage de l’Alecton aperçut ce terrible Céphalopode.