En 1853, M. Mitchell, secrétaire de la Société zoologique de Londres, construisit dans le jardin de Regent’s Park un aquarium avec des dimensions qu’on n’avait pas encore employées. Le succès de ce petit musée vivant de la mer excita en Angleterre de véritables transports d’admiration (Rufz de Lavison).

Le plus grand, le plus beau et le plus complet des aquariums établis jusqu’à ce jour, est celui du Jardin zoologique du bois de Boulogne, à Paris, inauguré le 3 octobre 1861.

Qu’on se figure un bâtiment, solidement construit en pierre, de 40 mètres de long sur 10 de large, offrant une rangée de quatorze réservoirs, d’ardoise d’Angers, alignés du côté du nord. Ces réservoirs sont à peu près cubiques, et offrent des devants de forte glace de Saint-Gobain, qui permettent de voir l’intérieur. Ils sont éclairés par le haut: il en résulte un demi-jour verdâtre, uniforme, mystérieux, qui donne une idée exacte des faibles clartés sous-marines. Chaque réservoir contient environ 900 litres d’eau; il est garni de rochers disposés un peu en amphithéâtre et d’une manière pittoresque. Sur ces rochers s’étalent ou s’élèvent diverses espèces de plantes aquatiques. Les réservoirs ont dans le fond une couche de galets, de gravier et de sable, pour donner à certains animaux des retraites suffisantes.

Dix de ces réservoirs sont destinés aux animaux marins.

La quantité d’eau employée est d’environ 22 700 litres. Cette eau n’est jamais changée, mais elle est sans cesse en mouvement, elle circule. Ce mouvement est produit de la manière suivante. On profite d’un courant d’eau amené par le grand tuyau de la concession qui alimente le bois de Boulogne. Cette eau, soumise à une forte pression, comprime une certaine masse d’air. Cet air, dès qu’on lui permet d’agir sur une partie de l’eau de mer contenue dans un cylindre fermé qui se trouve au-dessous du niveau de l’aquarium, la fait monter et entrer avec une grande force dans chaque réservoir, où elle s’introduit par un petit jet. L’eau de mer, pressée, absorbe beaucoup d’air, qu’elle entraîne avec elle dans les réservoirs. Un tuyau placé dans un coin de ces derniers reçoit le trop-plein du liquide, et le conduit dans un filtre de charbon très-serré, d’où il passe dans un grand réservoir souterrain, de fonte, doublé de gutta-percha. De là, l’eau revient au cylindre fermé, y subit encore la pression de l’air, et remonte de nouveau dans l’aquarium. Les cylindres étant sous terre, on y maintient facilement une température égale de 16 degrés centigrades environ: ce qui est à peu près la température uniforme de l’eau dans l’Océan. Pendant l’hiver, le bâtiment de l’aquarium est chauffé artificiellement. (Lloyd.)

A l’aide d’une disposition très-simple, on peut, dans chaque réservoir, diminuer la quantité de l’eau, et imiter le flux et le reflux de la mer. On peut même, en baissant considérablement le liquide, exposer périodiquement certains animaux à l’air atmosphérique.

Dans cette circulation et cette agitation de l’eau, sa masse tend à diminuer par l’évaporation. Les matières qu’elle contient restant dans le liquide, ce dernier finirait par devenir trop salé. Pour remédier à cet inconvénient, on y ajoute de l’eau pure. A l’aide d’un appareil spécial, on fait entrer de temps en temps, dans le grand réservoir, une certaine quantité d’eau pluviale qui vient du toit du bâtiment. Un hydromètre indique le moment où cette addition d’eau douce est devenue nécessaire.

«La lengua no basta para decir, ni la mano para escribir todas las maravillas del mar!» (Christophe Colomb.)