CHAPITRE III
LA PHOSPHORESCENCE DE LA MER.
Lumière sans feu, mais pas sans vie.
I
Les Infusoires sont une des principales causes de ce beau phénomène que présente la mer dans les pays chauds, surtout pendant l’été; nous voulons parler de la phosphorescence.
Dès que le soleil a disparu de l’horizon, des essaims innombrables d’animalcules lumineux sont attirés à la surface du liquide par certaines circonstances météorologiques (Humboldt). Une nouvelle clarté surgit du sein des flots. On dirait que l’Océan essaye de rendre pendant la nuit les torrents de lumière qu’il a reçus pendant le jour. Mais cette lumière étrange n’éclaire pas uniformément le milieu dans lequel elle se produit; elle naît çà et là par une foule de points qui tout à coup s’allument et scintillent.
Quand la mer est bien tranquille, on croit voir à sa surface des millions de vives étincelles qui flottent et se balancent, et, au milieu d’elles, de capricieux feux follets qui se poursuivent et se croisent. Ces soudaines apparitions se réunissent, se séparent, se rejoignent, et finissent par former une vaste nappe de phosphorescence bleuâtre ou blanchâtre, pâle et vacillante, au sein de laquelle se font distinguer encore, d’espace en espace, de petits soleils éblouissants qui conservent leur éclat.
Quand la mer est très-agitée, les flots semblent s’embraser. Ils s’élèvent, roulent, bouillonnent, et se brisent en flocons d’écume qui brillent et disparaissent comme les bluettes d’un immense foyer. En déferlant sur les rochers du rivage, les vagues les ceignent d’une bordure lumineuse: le moindre écueil a son cercle de feu. (Quatrefages.)
Rien n’est gracieux comme une troupe de Dauphins qui se jouent au milieu de la nuit, frappant, divisant, éparpillant, pulvérisant cette onde merveilleuse. (Humboldt.)
Chaque coup de rame fait jaillir de l’Océan des jets de lumière: ici faibles, peu mobiles et presque contigus; là resplendissants, vagabonds et dispersés comme un semis de perles chatoyantes.
Les roues des bateaux à vapeur agitent, soulèvent et précipitent des gerbes enflammées. Quand un vaisseau fend les ondes, il pousse devant lui deux vagues de phosphore liquide; il trace en même temps, derrière sa poupe, un long sillon de feu qui s’efface avec lenteur, comme la queue d’une comète!