D’après ce qui précède, il est permis de conclure que plus un animal est sensible, plus il est locomotile; ou bien, en retournant la proposition, moins il est locomotile, moins il est sensible, ou, ce qui revient au même, moins compliqué en organisation.

Les Anatifes ne possèdent pas la faculté de se mouvoir. On pourrait donc décider à priori que ce sont des animaux à structure dégradée. Cependant, parmi les Invertébrés fixés, on les regarde comme les plus élevés par la structure.

Les Anatifes forment une classe désignée sous les noms de Cirripèdes ou Cirropodes, comme on voudra.

Les naturalistes ont été longtemps en désaccord sur les affinités naturelles de cette classe. Les uns la mettaient parmi les Mollusques, les autres parmi les Articulés. On la place aujourd’hui avec ces derniers, et l’on regarde les Cirripèdes comme intermédiaires entre les Crustacés et les Annélides, ou comme des Crustacés dégradés et sédentaires. (Thompson, Burmeister.)

La Nature s’est toujours jouée et se jouera toujours de nos classifications!

Le pédicule des Cirripèdes peut cependant se mouvoir dans un certain rayon, et porter l’animal en haut, en bas, à droite et à gauche. Ces mouvements sont lents, imparfaits, mais très-certainement volontaires.

Les Anatifes s’attachent aux rochers, aux troncs d’arbres baignés par la mer, aux débris des navires naufragés. On les rencontre assez souvent sur les fragments de bois à moitié pourris, apportés par les marées.

Les pièces calcaires qui protégent les organes s’écartent de temps à autre, et l’Anatife fait sortir des bras ou pieds, appelés cirres; d’où les noms de Cirripèdes et de Cirropodes. Ces bras sont ordinairement au nombre de douze et disposés longitudinalement sur deux rangs, six de chaque côté. Ils sont formés de petites articulations garnies de cils, et semblent plumeux. Dans l’état de repos, ils s’enroulent comme de jeunes feuilles de Fougère ou comme la crosse d’un évêque. Quand l’animal veut s’en servir, il les déploie et les allonge.

II

Le nom d’Anatife vient de Anas (canard), et fero (je porte, je produis), parce que l’on a cru pendant longtemps, sur les côtes de l’Écosse, que cette curieuse bête était une sorte d’œuf pédiculé, qui donnait, au bout d’un certain temps, un oiseau palmipède, de la famille des Canards! Des pêcheurs ont même assuré avoir entendu les cris confus du jeune poussin encore enfermé dans la mitre testacée. D’autres ont raconté avec détail comment l’oiseau prenait naissance. Il montre d’abord les pattes, puis le corps, et puis le bec; il éclôt à reculons et tout nu. Il tombe dans la mer, où il revêt bientôt son plumage, et devient alors, ou une Bernache, ou une Macreuse.....