Quelle est la source de cette croyance populaire? On suppose qu’elle vient de la grossière ressemblance qui existe entre les cirres d’apparence plumeuse de l’Anatife et les ailes d’un oiseau!
III
Les Cirripèdes se nourrissent de bestioles microscopiques. Ils les attirent et les saisissent par un mécanisme très-simple et très-élégant. Les cirres, placés vers l’orifice de la coquille, sont presque toujours en action; ils sortent et rentrent alternativement, et battent l’eau avec rapidité et symétrie. Lorsque ces organes sont tout à fait étendus, leurs tiges flexibles et plumeuses constituent douze jolis appareils collecteurs, qui attirent, balayent, rassemblent et poussent dans la bouche les animalcules et les autres parcelles nutritives qui sont à leur portée.
La bouche de l’Anatife est placée, non pas à l’entrée de la coquille, comme les bras, mais dans le fond. Elle présente deux mâchoires latérales.
IV
Nos pauvres Cirripèdes, fixés par un pédicule, sans tête et sans jambes, semblent, au premier abord, bien déshérités par la Providence. Mais, quand on les examine de près et avec un peu d’attention, on y découvre des instincts qui surprennent, des actes qui confondent et des combinaisons merveilleuses qui redoublent nos sentiments d’admiration pour la puissance créatrice.
Comme les Anatifes ne changent pas de place, il ne devait pas y avoir, chez eux, de mâles et de femelles séparés. Car, s’il y en avait eu, comment ces malheureuses bêtes auraient-elles pu aller les unes vers les autres, se poursuivre, s’atteindre et se choisir? L’amour suppose toujours le mouvement. Voyez comme, aux époques fortunées, tous les animaux de la Nature, dans l’eau comme dans l’air, deviennent agités et remuants!
On comprend pourquoi, chez nos immobiles Cirripèdes, les deux sexes se trouvent associés dans le même individu, comme ils le sont dans la plupart des fleurs, dans une Rose, par exemple.
Autre merveille! Les nouveau-nés ne ressemblent en aucune manière à leurs parents. Au sortir de l’œuf, ils n’ont pas de pédicule et nagent librement. Ils se meuvent même avec beaucoup d’activité. Et, comme pour se transporter d’un endroit dans un autre, il faut pouvoir se diriger, la Nature leur a octroyé, avec des nageoires très-mobiles, un œil très-gros, placé au milieu du front.