Les Poissons sont les habitants de l’eau par excellence. Ils naissent dans l’eau, vivent dans l’eau et meurent dans l’eau. Quand on les retire de ce milieu, ils succombent à une sorte d’asphyxie. Les Poissons sont les principaux hôtes de l’Océan, c’est-à-dire, les plus nombreux, les plus variés, les plus vifs et les plus brillants.....
Dans le premier chapitre de cet ouvrage, nous avons rappelé que les sept dixièmes de la surface de la terre sont baignés par les mers. On serait tenté de croire, disait un homme d’esprit, frappé de cette immense étendue d’eau, que notre globe a été créé surtout pour les Poissons!
Les Poissons sont en quelque sorte le lien qui unit les Animaux vertébrés aux Animaux sans vertèbres. Ils ont une organisation plus compliquée que toutes les bêtes, petites ou grandes, dont nous avons parlé jusqu’à présent.
Pline n’a signalé que 94 espèces de Poissons; Linné en a caractérisé tant bien que mal 478; les savants d’aujourd’hui en connaissent plus de 13 000, parmi lesquelles le dixième tout au plus appartient à l’eau douce.....
Les Poissons ne sont pas dispersés çà et là au hasard. Au milieu des mers, comme sur la terre, la distribution des animaux est soumise à des lois. Poussée par son instinct, chaque race choisit les eaux les plus favorables à son organisation. Beaucoup de Poissons occupent des localités déterminées, et ne peuvent point impunément changer d’habitation. Les uns sont répandus dans de vastes espaces, les autres cantonnés, pour ainsi dire, dans des localités restreintes. Il y en a qui vivent tout à fait à la surface des eaux, par exemple le Chauffe-soleil[197] des Antilles. D’autres, au contraire, ne quittent pas les profondeurs. Au nombre de ces derniers, citons le Chien de mer, nommé Hexanche[198] à cause des six fentes respiratoires qu’il a sur les côtés; le Malarmat cuirassé[199], qui ne sort de ses abîmes qu’à l’époque de la ponte; le Télescope[200], si remarquable par la grosseur de ses yeux, et le Grenadier[201], si singulier par la carène de ses écailles. Ce dernier, suivant Risso, vit toute l’année à 1 200 mètres de profondeur.
Quelques espèces ne quittent que rarement la vase: par exemple, la Clavelade[202], la Pastenague[203] et la Baudroie[204].
Presque tous les Poissons marins réclament l’eau salée; c’est pourquoi ils se tiennent éloignés de l’embouchure des grands fleuves. Il en est, au contraire, qui cherchent de préférence les endroits où il se fait un mélange habituel d’eau douce et d’eau de mer. Le Muge[205], la Daurade[206], le Flet[207], offrent de remarquables exemples de cette nécessité d’un séjour dans un milieu saumâtre.
Certains Poissons vivent à peu près isolés; d’autres se réunissent en troupes innombrables.
Il y en a qui semblent obéir, chaque année, comme les Pigeons et les Grues, à un instinct d’émigration. Ils se rassemblent par millions, et forment dans la mer des colonnes épaisses et serrées, longues souvent de plusieurs lieues.