Deslandes, commissaire général de la marine, ayant acheté douze Saumons aux pêcheurs de Châteaulin, près de Brest, leur mit un anneau de cuivre à la queue, et leur rendit la liberté. Les années suivantes on en reprit quelques-uns.

Les Poissons sont d’une fécondité excessive. Leur multiplicité dépasserait tout ce qu’on peut imaginer, si mille causes de destruction ne s’y opposaient pas. Un nombre immense de germes périssent avant leur éclosion. Les courants les dispersent, les tempêtes les meurtrissent, le soleil les dessèche. A peine un pour cent, parmi ces œufs, produisent-ils une créature vivante. Des milliers de petits sont dévorés; des quantités considérables d’adultes servent de nourriture à d’autres Poissons, à des Oiseaux, à d’autres animaux marins et à l’Homme lui-même.....

On a trouvé par le calcul:

Chez un Rouget.[242]81 586 œufs.
Chez une Sole.[243]100 362
Chez un Maquereau.[244]546 681
Chez une Carpe.[245] de 45 centim.600 000 à 700 000
Chez un Esturgeon pris à Neuilly.1 467 856
Chez une Plie[246] de 30 centimètres.6 000 000
Chez un Turbot[247] de 50 centimètres.9 000 000
Chez un Muge à grosses lèvres.[248]13 000 000

Après la ponte[249], l’œuf devient plus transparent, et l’on voit apparaître sur un point de la surface du globe intérieur, au milieu d’un amas de gouttelettes d’huile, une petite tache circulaire blanchâtre. Chez les Poissons d’été, une heure ou deux suffisent pour que cette tache, qui représente le germe, se réalise; tandis qu’il en faut huit ou dix chez les Salmonidés. Puis on voit ce germe s’affaisser, diminuer d’épaisseur, mais en même temps s’agrandir et se transformer en membrane. Son extension augmente de plus en plus, envahit le tiers, la moitié, enfin la totalité du globe intérieur de l’œuf. En même temps l’embryon se manifeste sous la forme d’une ligne blanchâtre occupant un quart de la circonférence de l’œuf. Plus tard, les formes du jeune Poisson se dessinent à travers la membrane externe, et les yeux apparaissent comme des points noirâtres. Enfin, les œufs ne tardent pas à éclore. Il faut une semaine d’incubation dans la Carpe, une vingtaine de jours chez le Brochet, et deux ou trois mois chez la Truite et le Saumon.

La plupart des Poissons blancs se dispersent presque aussitôt nés. Les Salmonidés portent, au sortir de l’œuf, une énorme vésicule, qui les rend incapables de se soustraire par la fuite à la voracité de leurs ennemis; ils se retirent à l’abri de la vive lumière, et se nourrissent des éléments renfermés dans leur énorme poche abdominale. Vers la cinquième ou sixième semaine, cette poche abdominale a disparu, et le jeune Poisson est semblable à ses parents.

Ordinairement la mère ne prend aucun soin des petits. Il y a peu d’exceptions à cette règle.

On cite comme exemple du contraire le Hassar[250], dont nous avons déjà parlé. Cette espèce construit un berceau qu’on a comparé au nid de la Pie. Il est arrondi, un peu aplati vers les pôles, et disposé de manière que sa partie supérieure arrive jusqu’à la surface de l’eau. L’orifice est petit: il a juste ce qu’il faut pour laisser passer une femelle. Celle-ci veille, avec le soin maternel le plus actif, jusqu’à la sortie des petits.

Quand on veut prendre ce poisson, on place un panier devant son nid; on frappe légèrement sur ce dernier. Le Hassar, en colère, hérisse ses piquants et sort à l’instant de la couchette; il se précipite dans le panier. (R. Schomburgk.)