Le père poisson, qui montre quelquefois tant d’affection pour les œufs à une époque où ils ne sont pas encore vivifiés, et où, par conséquent, il n’est pour rien dans leur organisation, ne regarde plus ces mêmes œufs, fécondés par lui, quand ils éclosent, et les jeunes poissons, ses propres enfants, quand ils sont nés! O bizarrerie de la paternité!

On assure cependant que l’Épinoche mâle, après avoir courageusement protégé son nid et les œufs de ses femelles, prend soin des petits qui viennent d’éclore. Il les défend comme une Poule défend ses poussins, les empêche de sortir du berceau pendant les premiers temps, et leur apporte progressivement une nourriture convenable.

On dit aussi que l’Aiguille de mer mâle[251] présente sous la queue deux appendices mous, qui peuvent former une poche en se rapprochant. Il enferme dans cette poche les œufs de sa femelle. Ces œufs sont ainsi soumis à une sorte d’incubation. Au mois de juin, les petits éclosent et quittent la bourse; mais ils suivent leur père. Toutes les fois qu’un danger les menace, ils retournent chercher un refuge dans la poche protectrice, comme font les jeunes Kanguroos de la Nouvelle-Hollande dans la poche maternelle. Mais, chez notre petit poisson, c’est le mâle qui est la mère.

Il ne faut pas croire, avec Plutarque, que le Requin ne le cède en bonté paternelle à aucune créature vivante. L’illustre historien dit que le père et la mère se disputent le soin d’alimenter leurs tendres nourrissons et de leur apprendre à nager, et qu’ils les reçoivent dans leur gueule protectrice, quand il survient quelque ennemi.

Il est heureux que le bon Plutarque ait été plus exact sur les faits et gestes des grands hommes que sur les habitudes des Requins.

VII

La mer est une abondante source de productions pour les population des côtes. Elles puisent dans son sein les éléments de leurs richesses. La ligne ou la drague, le filet flottant ou le chalut[252], tout est bon pour retirer du sombre abîme le coquillage ou le poisson qui peut être de quelque utilité ou de quelque agrément.

Les gouvernements ont dû mettre un frein à cette sorte de pillage, et protéger les populations contre elles-mêmes. Mais en même temps qu’on réglait les moissons marines, on a cherché à les multiplier par la pisciculture.

Cet art a une origine très-ancienne. Les Chinois le pratiquent depuis un temps immémorial; les Romains le faisaient servir à leur amusement et au luxe de leur table.

On retenait prisonniers dans des piscines les poissons qu’amenait la marée montante, ou que les pêcheurs rapportaient de leurs courses. On les élevait, on les engraissait comme les bestiaux de nos étables. On obtenait ainsi des élèves excellents et très-recherchés.