TÊTE DE HARENG
(Clupea harengus Linné).

Les Harengs sont des Poissons sociaux et voyageurs, qui se réunissent en bandes nombreuses et serrées, lesquelles présentent jusqu’à 30 kilomètres de longueur et 5 ou 6 de largeur!..... Qui pourrait calculer le nombre immense des individus qui composent ces effrayantes masses! Elles émigrent du pôle boréal vers les côtes de la Norvége, de la Hollande et de l’Angleterre..... Philippe de Maizières écrivait à Charles VI: «Les Harengs font leur passage de la mer du Nord dans la Baltique de septembre en octobre, et tant y en passe, qu’on pourroit les tailler avec l’espée

Les Harengs glissent rapidement à travers les flots. La lumière, décomposée dans leurs écailles, semble se transformer en rubans de nacre ou en navettes de métal, qui contrastent avec l’azur de leur habitation; et leurs lueurs phosphorescentes scintillent, ondulent et dansent sur les flots, comme le dit si bien M. Michelet.

Le poids de ces poissons atteint bien rarement deux cents grammes. Ils ont le dos d’un bleu verdâtre, et le reste du corps d’un blanc argenté. Leur mâchoire inférieure est un peu plus courte que la supérieure. L’une et l’autre sont garnies de jolies petites dents; on observe même, sur leur langue, des papilles pointues, assez fortes pour retenir une proie. Ils aiment à lever la tête au-dessus de l’eau, comme pour humer l’air. Les mille mouvements d’une colonne de Harengs imitent le bruit d’une pluie qui tombe à grosses gouttes. (J. Franklin.)

Quelques centaines de Cétacés et plusieurs milliers d’Oiseaux de mer accompagnent ces pauvres bêtes et les détruisent par millions. On assure que, dans le voisinage des Hébrides, les seuls Fous dévorent annuellement plus de cent millions de Harengs. Un autre poisson, appelé Sey[253], poursuit nos voyageurs à outrance, se jette au milieu de leurs colonnes, et les disperse, au grand préjudice des pêcheurs.

La mer, comme la terre, est un théâtre éternel de naissances et de destructions. Tout s’y reproduit pour s’y détruire, et s’y détruit pour s’y reconstituer! (Virey.)

«Les Harengs vont comme un élément aveugle et fatal, et nulle destruction ne les décourage. Hommes, poissons, tout fond sur eux; ils vont, ils voguent toujours. Il ne faut pas s’en étonner: c’est qu’en naviguant, ils aiment. Plus on en tue, plus ils produisent et multiplient chemin faisant. Les colonnes épaisses, profondes, dans l’électricité commune, flottent livrées uniquement à la grande œuvre du bonheur. Le tout va à l’impulsion du flot, et du flot électrique. Prenez dans la masse, au hasard, vous en trouverez de féconds, vous en trouverez qui le furent, et d’autres qui voudraient l’être. Dans ce monde qui ne connaît pas l’union fixe, le plaisir est une aventure, l’amour une navigation. Sur toute la route ils épanchent des torrents de fécondité.» (Michelet.)

On a trouvé dans un Hareng 20 000 œufs; dans un autre, 36 000[; dans un troisième, 70 000!.....

Aussi, malgré les pertes annuelles, si considérables, si effroyables que leur font éprouver les autres hôtes de la mer... et les filets des pêcheurs, on ne s’est jamais aperçu que leur nombre diminuât. Cette fécondité a bien de quoi calmer les inquiétudes des économistes alarmés sur le sort des générations futures.