PÊCHE AU THON.

Un certain nombre de bateaux dirigés par un chef se disposent en demi-cercle, et réunissent leurs filets de manière à former une sorte de clôture. Ils entourent les Thons et les serrent pêle-mêle les uns contre les autres. On les entraîne peu à peu vers le rivage. Lorsqu’on s’approche de la terre, les pêcheurs jettent un large filet terminé par une poche longue et conique. Les Thons se précipitent dans cette poche. On tue les plus gros à coups de perche et de crochet, et l’on saisit vivants les plus petits.

III

Mais la plus curieuse des pêches qu’on ait imaginée est bien certainement celle à la madrague[257], si connue des Marseillais.

La madrague est un véritable parc, avec des allées de chasse aboutissant à un vaste labyrinthe composé de chambres qui s’ouvrent les unes dans les autres. Ces chambres conduisent toutes à une chambre principale, appelée chambre de mort ou corpou, située à l’extrémité de la construction.

Les murs de ce parc ont quelquefois plusieurs lieues de développement. Aussi, pour transporter une madrague, faut-il souvent un navire ou un bateau à vapeur.

A l’aide de pierres attachées à la partie inférieure de ces filets et de bouées fixées à leur bord supérieur, on les fait plonger dans la mer et on les maintient verticaux. On amarre solidement l’édifice avec des ancres, de manière qu’il puisse résister pendant toute la belle saison aux plus violents orages. Ce filet gigantesque est plus perfide et plus meurtrier que la toile d’araignée la plus savante. On le tend ordinairement à l’entrée de quelque baie.

«Le Thon arrive sans défiance, jouant à fleur d’eau; il va devant lui, sans quitter la paroi, qu’il côtoie, soit parce qu’il espère en voir bientôt la fin, soit parce que cela lui plaît de heurter son museau sur cette surface résistante où il trouve probablement de petits poissons qui lui servent de pâture; soit encore parce que c’est le propre des Poissons en général, voire même de tous les animaux, d’avancer coûte que coûte, tant qu’ils peuvent, sans réfléchir à leur retraite.» (E. Carrey.)

Le Thon suit, suit toujours les allées de l’engin destructeur. Quelquefois les pêcheurs le poursuivent et le poussent de chambre en chambre. Le poisson passe des unes dans les autres, par des portes qui se referment derrière lui. Il arrive ainsi jusqu’à la chambre de mort. Celle-ci forme une prison spacieuse, où les captifs peuvent vivre plusieurs jours, même plusieurs semaines. Là le Thon est pris sans salut possible, à moins de sauter par-dessus les bords; ce qu’il pourrait facilement exécuter, mais l’idée ne lui en vient jamais.

Ce filet-vivier possède un plancher mobile, formé par un petit filet horizontal, attaché à des cordages disposés de manière que, à un instant donné, on peut exhausser le plancher et le rapprocher de la surface de la mer.