Lorsqu’on a réussi à rassembler dans la chambre de mort un certain nombre de poissons, on élève peu à peu le plancher dont il vient d’être question. Généralement, on y travaille toute la nuit. On rend ainsi de moins en moins profonde l’enceinte où sont accumulés ces pauvres animaux.
Bientôt on voit les Thons s’agiter, nager, bondir dans tous les sens, passer les uns sur les autres, se précipiter contre les murailles des filets, les éviter, y revenir et s’en éloigner encore.
Au milieu de la chambre de mort se trouve une petite yole qui porte le chef principal de la pêche.
A mesure que le plancher s’élève et que les Thons deviennent apparents, la yole court sur eux, les effraye, les poursuit, et les oblige à s’élancer vers les bords du parc.
Là se trouvent tout autour un certain nombre d’embarcations montées par des pêcheurs expérimentés, qui harponnent les poissons, ou les tuent toutes les fois qu’ils s’approchent. Ils les manquent rarement.
Le massacre est bientôt général.
Les Thons, harponnés et retirés de l’eau, se tordent avec force, donnent de vigoureux coups de queue et vagissent comme des enfants.
Les blessés fuient l’ennemi et plongent au plus vite, mais ils rencontrent l’inévitable plancher qui les arrête. Ils vont, ils viennent, effarés, épouvantés et désorientés, rougissant la mer de leur sang. Ils ne tardent pas à se heurter contre un autre filet et contre une autre embarcation. On leur jette un nouveau harpon, plus adroit ou plus heureux que le premier, et, cette fois, les malheureuses bêtes, solidement accrochées et promptement hissées, sont jetées au milieu des morts et des mourants, que les pêcheurs acharnés entassent dans leurs barques.
Quand les Thons sont très-nombreux et qu’on peut les approcher, les pêcheurs leur plongent hardiment la main dans la gueule, et passent une corde dans une ouïe; ils tendent cette corde à un camarade, qui hale la victime sur le pont du bateau.
Il faut souvent deux ou trois hommes pour enlever un Thon ainsi saisi et enfilé.