En général, la pêche des Tortues de mer est faite sans discernement et sans frein; d’où il résulte comme conséquence inévitable, qu’au bout d’un temps peu éloigné, ces précieux animaux deviendront rares.
Il existe, il est vrai, dans plusieurs pays, des parcs à Tortues, donnant lieu à un commerce considérable. Ces parcs sont approvisionnés par la pêche vulgaire, mais on ne s’y occupe guère de la multiplication de l’espèce. On assure cependant que, dans l’île de l’Ascension, on respecte les œufs et l’on protége les jeunes sujets jusqu’à ce que leur carapace ait assez de dureté pour défendre suffisamment l’animal.
M. Salles, capitaine au long cours, a proposé de multiplier les Tortues de mer dans la Méditerranée. La Société zoologique d’acclimatation s’est empressée d’approuver et d’encourager les conclusions de son mémoire. Le succès est d’autant plus certain, qu’il s’agit non pas d’introduire une nouvelle espèce dans les localités qui en étaient privées jusqu’à ce jour, mais seulement de repeupler des régions aujourd’hui très-appauvries et où les Tortues se trouvaient autrefois en nombre considérable.
V
Les Tortues de mer constituent un mets abondant, sain et nutritif. On peut faire cuire la chair dans sa propre carapace. Cette casserole naturelle est un moyen expéditif dont se servent les sauvages.
Les Anglais aiment beaucoup la chair de la Tortue franche; ils la trouvent supérieure à celle du Bœuf. La graisse de cette Tortue est d’un vert assez foncé, et si abondante, qu’il n’est pas rare d’en extraire jusqu’à vingt-huit litres d’un seul individu.
On sait que la soupe à la Tortue jouit d’une certaine réputation chez nos voisins d’outre-Manche. C’est l’amiral Anson qui apporta en 1752 la première Tortue qui fut mangée à Londres.
La chair du Caret passe pour très-médiocre, mais les œufs sont fort délicats. Les paquebots apportent régulièrement en Angleterre des quantités considérables de Tortues de mer. Malheureusement, le prix de plus en plus élevé de ces animaux ne permet pas de les servir sur toutes les tables. C’est pour cela sans doute que, dans la fameuse soupe à la Tortue, on substitue souvent à la chair du précieux animal de petits cubes de tête de veau!
Les Tortues de mer fournissent à l’industrie les matériaux d’une foule de jolis petits meubles.
Carvilius Pollio, d’après Pline, homme extravagant, mais inventif, paraît être le premier qui tailla et façonna les plaques des Tortues. Il en orna des armoires et des bois de lit.