Les dénicheurs risquent leur vie pour atteindre ces oiseaux. Ils sont ordinairement par deux. L’un, solidement attaché sous les bras avec une grosse corde, est descendu par l’autre sur quelque roche escarpée bien peuplée de Fulmars. Il fait sa provision d’œufs, de petits et de couveuses; puis, il est hissé par son compagnon. L’habileté de ces hommes est très-grande; la moindre surface leur suffit pour se tenir. On les voit, déjà chargés de butin, se traîner sur les genoux et sur les mains, et marcher sur les saillies les plus étroites et les moins avancées. La force de celui qui tient la corde est telle, que si le dénicheur fait un faux pas et tombe dans l’espace, il supporte le choc et sauve le malheureux. (L. Wraxall.)

On dit que dans les Hébrides on tue annuellement plus de 20 000 Fous.

On a calculé que dans le Groenland on consomme, dans le même espace de temps, 200 000 œufs d’Oiseaux aquatiques.

Audubon a vu des chercheurs d’œufs espagnols, venus de la Havane dans l’île aux Oiseaux (golfe du Mexique), emporter une cargaison d’environ huit tonnes d’œufs de deux espèces d’Hirondelles de mer. Il leur demanda quel pouvait en être le nombre; ils répondirent qu’ils ne les comptaient jamais, même en les vendant, et qu’ils les donnaient à raison de 75 cents par gallon. En un seul marché, ils se faisaient quelquefois 200 dollars, et il ne leur fallait qu’une semaine pour aller et revenir compléter un nouveau chargement. D’autres chercheurs, qui arrivent de la Clef de l’ouest, vendent leurs œufs 12 cents et demi la douzaine.

VIII

Disons, en terminant, quelques mots sur le fameux Canard eider[294].

Cette remarquable espèce a près de deux fois la taille du Canard ordinaire. Son cou est comparativement court; ses jambes sont un peu hautes.

Ce Canard pond principalement en Islande. Il est protégé par les lois. Tout homme qui se permet de le tuer à l’époque de sa reproduction, est condamné à une amende qui s’élève jusqu’à 30 dollars. On sauvegarde ainsi une des industries les plus lucratives que puissent fournir les Oiseaux de mer: nous voulons parler de l’exploitation et de la vente de ce moelleux duvet connu sous le nom d’édredon.

Mackensie rapporte, dans son Voyage en Islande, que lorsque son bateau approcha de cette île, il traversa de véritables troupeaux de ce précieux Canard. Les Eiders ne prenaient pas la peine de se déranger sur son passage: ils semblaient comprendre qu’ils étaient protégés par le gouvernement! Entre le rivage et la maison du bailli, le terrain était littéralement couvert d’oiseaux, si serrés, que les visiteurs étaient obligés de marcher avec beaucoup de précaution pour ne pas les blesser. On voyait des Eiders occupés à couver, sur les murs des jardins, sur les toits des maisons, dans leur intérieur, et même dans l’église. Quand on les approchait, ils ne changeaient pas de place; ils se laissaient toucher, et frappaient légèrement avec le bec la main des étrangers.

Les nids des Eiders sont arrondis et peu profonds; ils sont construits avec des bûchettes sèches entrelacées avec soin, de la mousse et des plantes marines. L’oiseau y dépose cinq ou six œufs, rarement sept ou huit. Audubon en a compté une fois jusqu’à dix. Ces œufs sont plus gros que ceux du Canard ordinaire, lisses et d’un gris olivâtre clair. Ils passent pour un mets très-délicat.