Chaque capitaine possède à son bord deux hommes en observation au sommet des mâts, et quatre ou cinq canots aigus aux deux extrémités (baleinières). Aussitôt qu’un malheureux Cachalot a été signalé, les canots sont détachés, chacun monté par quatre rameurs intrépides, par un officier qui dirige l’embarcation à l’aide d’un aviron de queue, et par un harponneur expérimenté, ordinairement vieux loup de mer, doué de sang-froid, d’un coup d’œil juste et d’un poignet vigoureux.
Dès que l’animal se sent harponné, il s’élance rapidement vers le fond de la mer. Après quelques minutes, il reparaît à la surface pour respirer. La colonne d’air et d’eau jetée par son évent est parfois ensanglantée. Il replonge, mais auparavant un second et même un troisième harpon ont été lancés d’une autre chaloupe.
Quelquefois les pêcheurs emploient un harpon particulier, renfermé dans un appareil semblable à un grand tromblon de cuivre. Au moyen d’un puissant ressort, cet instrument part comme une flèche, et va s’implanter dans la peau du Cétacé. Récemment encore on a imaginé un troisième et plus terrible moyen de destruction: c’est une sorte de pétard qui éclate quand il a pénétré dans les chairs. Tous ces nouveaux systèmes sont généralement peu employés.
Cependant l’animal, épuisé, remonte à la surface, où ses apparitions deviennent plus fréquentes. C’est à peine s’il peut plonger encore à quelques brasses et retarder sa mort de quelques instants.
A ce moment, les chaloupes, réunies en cercle, le cernent et l’achèvent à coups de lance: mais, souvent, il arrive que le Cachalot se défend et vend chèrement sa vie. Malheur alors à l’imprudent canot qui s’est un peu trop avancé! D’un coup de sa queue puissante, le monstre balaye tout ce qui se trouve à sa portée.
Le Cachalot mort ou mourant, les embarcations le traînent à la remorque. Le navire aborde l’animal et le retient fixé à l’avant par la queue.
L’équipage dîne joyeusement. Il procède ensuite au dépècement, opération toujours accompagnée de rasades de genièvre et de chansons.
D’abord on enlève tout autour du corps de larges bandes de graisse destinées à la cuisson dans de grandes cuves de cuivre. On épuise l’huile et la graisse dans le corps, surtout dans la tête, où on la recueille quelquefois avec des seaux.
L’huile de la région céphalique est la plus épaisse, et elle forme à elle seule le tiers au moins de la masse totale.
Lorsque le corps est entièrement épuisé, on le sépare de son chef, et l’on abandonne la carcasse aux Oiseaux et aux Requins.