Une troupe d’Épaulards harcèlent le roi des Cétacés, jusqu’à ce qu’il ouvre la gueule, et alors ils lui dévorent la langue (Cuvier). Rien n’est intéressant comme d’entendre les récits des pêcheurs du Groenland et du Spitzberg, sur la férocité et la gloutonnerie de ces dangereux animaux.

Le 1er août 1862, un beau mâle est venu se perdre sur la côte du Jutland. La nouvelle en a été donnée immédiatement au professeur Eschricht, à Copenhague, lequel s’est rendu sur les lieux. Ce savant zoologiste a voulu savoir, avant tout, de quoi le monstre s’était nourri pendant les dernières heures. Il a retiré de son estomac treize Marsouins et quinze Phoques!

II

La pêche du Dauphin est une des occupations les plus importantes et les plus fructueuses des habitants des îles Feroë.

L’espèce principale qu’on rencontre autour de ces îles est l’Épaulard à tête ronde[304], remarquable par la saillie excessive de son front, qui représente un casque antique. Ce Dauphin vit en troupes nombreuses, conduites par un grand individu.

Lemaout, pharmacien à Saint-Brieuc, en a observé soixante et dix jetés sur la côte, près de Paimpol. En 1806, il en échoua quatre-vingt-douze dans la baie de Scapay, à Pomona, l’une des Orcades. L’année précédente on en avait poussé jusqu’à trois cent dix sur le rivage de Shetland. Scoresby en a vu jusqu’à mille réunis en une seule troupe. (Des Moulins.)

«Dès qu’un pêcheur des îles Feroë a reconnu en pleine mer la présence d’une bande de Dauphins, il la signale aussitôt aux habitants de la côte, en arborant un pavillon particulier. Ceux-ci s’en vont sur la montagne, allument un feu de gazon, et bientôt ce signal télégraphique annonce à toutes les îles la joyeuse nouvelle. Les tourbillons de fumée flottent dans les airs, les feux éclatent de sommet en sommet; leur nombre et leur position indiquent aux habitants des côtes éloignées l’endroit où se trouvent les Dauphins.

»A l’instant, le pêcheur détache sa barque du rivage. Ses parents, ses voisins, accourent à la hâte se joindre à lui. Des femmes leur préparent des provisions, et ils s’élancent gaiement sur les flots. A Thorshavn, la capitale des îles Feroë, il y a, ce jour-là, un mouvement dont on ne saurait se faire une idée. Des femmes, des enfants, vont tout effarés à travers la ville, en criant: Gryndabud! Gryndabud! (Nouvelle du Dauphin!) A ce cri de bénédiction, toutes les portes s’ouvrent, toutes les familles sont en rumeur. C’est à qui ira le plus vite à son bateau, à qui sera le plus tôt prêt pour fendre la lame avec l’aviron ou à déployer la voile. Le gouverneur et le landfogde accourent aussi, et se mettent à la tête de la caravane, avec leur chaloupe conduite par dix chasseurs en uniforme, et portant au haut du mât la banderole danoise.

»Quand tous les pêcheurs sont réunis à l’endroit désigné, ils se rangent en ordre de bataille, s’avancent, selon la position des lieux, en colonne serrée, ou forment un grand demi-cercle. Ils enlacent dans cette barrière les Dauphins étonnés, les poursuivent, les chassent jusqu’à ce qu’ils les amènent au fond d’une baie. Là le cercle se resserre, les Dauphins sont pris entre les bateaux et la terre, arrêtés d’un côté par des mains armées de lances ou de pieux, et de l’autre par la grève, où le moindre mouvement imprudent les fait échouer.....

»Bientôt il se fait un carnage horrible. Les pêcheurs frappent, égorgent, massacrent. Le sang ruisselle, la mer devient toute rouge; et ceux des Dauphins qui pourraient encore s’échapper, perdent dans la vague ensanglantée leur agilité distinctive, et tombent comme les autres sous le fer acéré. Souvent on compte les victimes par centaines.