»Quand le carnage est fini, on traîne les Dauphins sur le sable. Le sysselmand apprécie la valeur de chaque Cétacé, leur grave une marque sur le dos, et le gouverneur en fait le partage. D’abord on prend, à titre de dîme, une part pour le roi, pour l’Église, pour les prêtres, une autre pour les fonctionnaires, une troisième pour les pauvres, une quatrième pour ceux qui sont associés à la pêche, tant par barque et tant par homme. Celui qui a découvert le troupeau a droit de choisir le plus gros de tous les Dauphins. Ceux qui ont été blessés ou qui ont souffert quelque avarie dans l’expédition ont une part supplémentaire. Enfin, on en réserve encore une part pour les propriétaires du sol où la pêche s’est faite, et celle-ci est presque toute dévolue au roi, qui est le plus grand propriétaire du pays.
»Quand le partage est terminé, les animaux sont dépecés. On en retire la peau, qui sert à fabriquer des courroies; la chair et le lard, qui forment une des meilleures provisions de la famille feroëenne. Avec la graisse on fait de l’huile, et la vessie desséchée sert de vase pour la contenir. Les entrailles sont portées par chaque bateau en pleine mer, afin de ne pas infecter la côte.
»Un Dauphin de moyenne grandeur donne ordinairement une tonne d’huile, qui se vend, à Thorshavn, de 30 à 40 francs. La chair et le lard ont à peu près la même valeur.» (Mag. pittor.)
Audubon rapporte que, pendant un long calme, des troupes de superbes Dauphins glissaient près des flancs de son vaisseau, étincelant comme de l’or bruni à travers la lumière et semblables en éclat aux météores de la nuit. Le capitaine et les matelots les surprenaient habilement avec l’hameçon, ou les perçaient avec un instrument à cinq pointes, appelé pique.
Quand il a senti l’hameçon, le Dauphin se débat violemment et s’élance avec impétuosité jusqu’au bout de la ligne. Alors, se trouvant soudain arrêté, il saute souvent tout droit hors de l’eau, et parvient quelquefois à se détacher. Quand il est bien pris, le pêcheur expérimenté le laisse d’abord faire ses évolutions; bientôt l’animal s’apaise, et on le hisse sur le pont. Quelques personnes préfèrent le tirer tout de suite, mais rarement elles réussissent; car ses brusques secousses, lorsqu’il se sent hors de son élément, suffisent en général pour le dégager. (Audubon.)
III
Les Dauphins nous rappellent naturellement le Narwal, ou Licorne de mer[305], grosse espèce des mers arctiques, agile et audacieuse, armée d’un instrument de combat très-puissant et très-redoutable.
Le Narwal est long de 6 à 9 mètres. Il porte au devant de la gueule une sorte de grande hallebarde, de longue épée d’ivoire, horizontale, étroite, pointue, cannelée, comme tordue en spirale. Cette énorme dent sort d’un alvéole commun à la partie extérieure de l’os maxillaire et à l’os incisif de l’un des côtés. Elle dépasse quelquefois de 2 mètres l’extrémité du museau.
C’est cette défense qu’on appelait autrefois corne de Licorne.
On en conserve deux dans le musée de la Faculté de médecine de Paris, dont la plus grande offre 2m,25 de longueur et une circonférence, à la base, de 48 centimètres. Ces deux dents faisaient anciennement partie du trésor de l’abbaye de Saint-Denis. Dans quel but des cornes de Licorne étaient-elles conservées par des abbés?