Par leurs formes et par leurs habitudes, les Phoques ont donné naissance aux fables des Tritons et des hommes marins. Celle qui fait garder par Protée les troupeaux de Neptune repose plus particulièrement sur l’observation imparfaite de ces Mammifères pisciformes, dont les bandes nombreuses se jouent gaiement à la surface des vagues, viennent ramper sur les plages désertes, ou s’arrêter sur les roches à fleur d’eau pour y recevoir l’action bienfaisante des rayons du soleil (P. Gervais).

Le Phoque commun[310] est assez abondant sur nos côtes. On en trouve beaucoup dans la mer Adriatique, dans les eaux de l’Archipel et dans certains parages de l’Afrique. On en rencontre aussi dans l’Océan. Il en vient exclusivement des troupes assez nombreuses dans la baie de la Somme. Les pêcheurs ont donné à cet animal les noms de Loup marin et de Veau marin.

Le Phoque a le corps allongé, vêtu d’une fourrure serrée et soyeuse. Sa tête ressemble à celle d’un Chien auquel on aurait coupé les oreilles. Il a de fortes moustaches, comme un Chat, et deux beaux yeux vert de mer, veloutés et limpides comme les yeux d’un enfant.

Sa vue est perçante et son ouïe fine. Ses narines sont munies d’une sorte de petite porte (valvule), que l’animal ouvre et ferme à volonté, et qui empêche l’eau de pénétrer dans son nez.

Deux paires de nageoires fort longues lui tiennent lieu de mains et de pieds. Celles de derrière, unies à la queue, forment, à droite et à gauche de cette dernière, comme deux grandes oreillettes.

Le régime du Phoque est principalement animal; il consiste en Mollusques nus, en Crabes et en Poissons. Ce gracieux Mammifère mange aussi des végétaux, surtout des fruits. Il s’accoutume parfaitement au pain mouillé.

II

Le Phoque est timide et sauvage. Il a une physionomie très-douce et un regard très-expressif.

Il ne manque pas d’intelligence, et il est susceptible d’apprivoisement, même d’une certaine éducation. On montre de temps en temps, dans les ménageries, de malheureux Phoques emprisonnés dans une cuve, mal nourris, chétifs, malades, dont on vante les hautes qualités; qualités qui se réduisent, le plus souvent, à reconnaître la voix du cornac, et à venir prendre familièrement un poisson ou un morceau de pain qu’on leur présente.

Le cri de ce Mammifère est doux et flûté, et rappelle certains mots usités dans toutes les langues, en particulier les syllabes pa-pa, ma-ma. D’où les charlatans s’empressent de conclure que ces animaux peuvent apprendre à parler... Ne croyez pas que les Phoques soient capables, comme on l’a dit, de prononcer les mots gâteau, café, manger, merci, et encore moins les phrases: Vive le roi, Bonjour monsieur, Je suis Français....