CHAPITRE VII
LES ÉPONGES.
Heureux qui, satisfait de son humble fortune,
Vit dans l’état obscur où les dieux l’ont placé.
(Racine.)
I
Le sein de l’Océan est rempli de mystères. Parmi les associations animales qu’il renferme et qu’il nourrit, une des moins connues est peut-être celle qu’on désigne communément sous le nom d’Éponge.
Cette association apparaît comme une masse de tissu léger, résistant, élastique, lacuneux, de forme très-variée, et d’un fauve brun ou blond tirant un peu sur le rougeâtre.
Les opinions les plus diverses ont régné tour à tour dans la science sur la nature des Éponges. Parmi les anciens, les uns les regardaient comme des plantes, les autres comme des animaux; certains faisaient du juste-milieu, ils les prenaient pour une espèce de nid feutré de nature végétale, servant d’habitation à des Polypes. Ces animalcules n’étaient pas attachés à leurs petites loges, ils pouvaient en sortir et y rentrer à volonté. Les Polypes du Corail ne sont pas aussi heureux!...
Pline, Dioscoride et leurs commentateurs ont prétendu que les Éponges étaient sensibles, qu’elles adhéraient aux rochers par une force particulière, et qu’elles fuyaient la main qui voulait les saisir... Ils les ont même distinguées en mâles et en femelles.