Quand un Polype a trop mangé, il se laisse tomber au fond de l’eau. Il n’en peut plus. Parfois il vomit une partie de son trop-plein: excellente détermination qui lui permet de digérer le reste! La voracité des Polypes fait voir, pour le noter en passant, que saint François de Sales a été un peu trop loin, lorsque, voulant présenter aux hommes les vertus des bêtes comme exemples à suivre, il dit qu’elles sont sobres, tempérantes, et ne mangent jamais au delà de leur appétit!....

On a prétendu que les animaux dont les dents sont molles ont les mœurs douces. Les Polypes, qui ne possèdent pas de dents ni même de mâchoires, et dont tout le corps est assez mou, devraient être des types de douceur! Fiez-vous donc aux apparences!

Les petits Vers avalés par les Polypes cherchent souvent à s’échapper, ce qui est fort naturel. Le ravisseur les retient alors avec un de ses bras plongé dans sa cavité digestive. Chose admirable! cette cavité digère les Vers et respecte le bras.

Quand on coupe la partie postérieure d’un Polype, et qu’on ouvre ainsi le fond de son estomac, le petit ogre ne discontinue pas de saisir des animalcules et de les avaler; il mange, mange toujours.... Mais ces animalcules, entrés par la bouche, sortent immédiatement par l’ouverture qu’on a faite. Le Polype devient alors insatiable. C’est le tonneau des Danaïdes; c’est le cheval de M. de Crac!...

La nourriture des Polypes influe momentanément sur la couleur de leur corps. Les Naïs les rendent rouges, les Pucerons, verts, et les Têtards, noirs. Figurez-vous un homme qui deviendrait rouge après avoir mangé des cerises, ou vert après avoir mangé des petits pois!

A la surface extérieure du sac digestif, on voit bourgeonner de temps en temps des tubercules (gemmes), qui grossissent, s’allongent, se creusent et se transforment en miniatures de Polypes, en Polypules, lesquels se séparent et s’en vont dès qu’ils sont en état de pourvoir à leurs besoins.

UN POLYPE ET SES REJETONS
(Arbre généalogique vivant).

Les bourgeons qui naissent en automne se détachent, sans se développer, comme des œufs; ils tombent et se conservent dans l’eau pendant l’hiver.

Pendant qu’un jeune Polype est encore adhérent à sa mère, il pousse souvent, sur son propre corps, un nouveau petit, qui lui-même en donne un troisième, et ce dernier un quatrième; de telle sorte que la maman porte à la fois son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils! Le Polype, ainsi chargé de sa postérité, compose avec elle une sorte d’arbre généalogique vivant, suivant l’heureuse expression de Charles Bonnet.