III
Si l’on divise un Polype en sept ou huit fragments, au bout de deux jours chaque fragment deviendra un Polype tout entier.
Rœsel assure avoir vu des bras coupés par petits morceaux donner naissance à des Polypes complets! Un seul individu pourrait donc se créer toute une famille avec un bras!
Et notez bien que, après l’opération, il lui repousserait un autre bras!!
Si l’on hache un de ces animaux, chaque parcelle formera bientôt un individu pareil à l’individu haché (Trembley). Une armée de Polypes taillée en pièces serait loin d’être anéantie!...
Autre singularité: on peut retourner un Polype comme on retourne un doigt de gant. L’animal continue de vivre (Trembley); mais alors sa peau intérieure respire et sa peau extérieure digère. Respiration et digestion à l’envers.
Un Polype qu’on retourne porte souvent des petits naissants à la surface de son corps. Après l’opération, ces petits se trouvent enfermés dans l’estomac. Ceux qui ont déjà pris assez d’accroissement, se développent et grandissent dans la cavité digestive; ils sortent ensuite par la bouche: ils sont vomis. Ceux, au contraire, qui sont peu avancés, se retournent d’eux-mêmes, et surgissent à l’extérieur du sac maternel, à la surface duquel ils achèvent de pousser. (Trembley.)
Un Polype retourné plusieurs fois ne cesse point de s’acquitter de toutes ses fonctions. Il y a plus, le même individu peut être successivement coupé, retourné, recoupé et reretourné, sans que son économie en paraisse bien malade. (Trembley.)
Il faut avouer cependant que cette pauvre bête n’aime pas à demeurer retournée. (Ce doit être un singulier malaise que celui d’avoir ses organes à l’envers!) Le Polype s’efforce de se remettre dans son premier état; il se déretourne en tout ou en partie. On l’empêche d’y réussir en le transperçant près de la bouche avec une soie de sanglier. Cette espèce de transpercement, naturellement peu agréable, ne porte en définitive aucun obstacle bien sérieux aux fonctions de l’animal.
Les premières expériences sur les Polypes surprirent grandement tous les naturalistes. Ils ne connaissaient rien d’analogue dans le règne animal. «Nous ne jugeons des choses que par comparaison, disait Charles Bonnet; nous avions pris nos idées d’animalité chez les grands animaux, et un animal qu’on coupe, qu’on retourne, qu’on recoupe, et qui se porte bien, nous choque singulièrement. Combien de faits, encore ignorés et qui viendront un jour déranger nos idées sur des sujets que nous croyons connaître! Nous en savons au moins assez pour que nous ne devions être surpris de rien. La surprise sied peu à un philosophe; ce qui lui sied est d’observer, de se souvenir de son ignorance et de s’attendre à tout.»