IV

Il y a vraiment de quoi être confondu, quand on réfléchit sur tout ce que présente l’histoire des Polypes! Personne ne regarde ce qui est à ses pieds, et bien souvent il s’y passe de curieux phénomènes qui renferment de grands enseignements!

Les Polypes, on l’a vu plus haut, n’ont ni cœur, ni poumon, ni foie, ni intestin. Ils manquent de tête et de cerveau. Six filaments très-grêles et très-simples remplissent les fonctions de pieds, de bras, de lèvres et de tous les organes des sens.... Et cependant ces animaux guettent une proie, l’aperçoivent, la saisissent, la dévorent.... Ils ne se trompent jamais sur sa nature et sur sa taille, et manquent rarement leur coup. Ils se battent entre eux, se repoussent ou se recherchent. Ils savent se sauver et se mettre à l’abri, quand un danger les menace. Ils élèvent leurs petits (à leur manière).... Comment peuvent-ils accomplir tous ces actes variés? La Providence leur a donné une impulsion vitale particulière, appelée instinct, impulsion indépendante de la prévoyance, de l’expérience, de l’éducation, et peut-être même de la réflexion, qui leur tient lieu d’intelligence. Le mot instinct vient du verbe latin instinguere, qui veut dire pousser, exciter.... L’instinct et l’intelligence sont deux facultés qui se compensent, et dont l’une supplée à l’autre, comme, à d’autres égards, la fécondité supplée à la force ou à la longévité (Cuvier). L’instinct est l’intelligence des animaux inférieurs.

V

Les Polypes de la mer ressemblent beaucoup aux Polypes des eaux douces. L’animal est toujours composé d’un corps, d’une ouverture, d’une poche et de plusieurs bras. Le corps peut être long ou court, quelquefois étroit comme un tuyau de plume, d’autres fois arrondi comme une bourse, plus rarement façonné en entonnoir. L’ouverture est plus ou moins large, et sert toujours à l’entrée de l’aliment et à la sortie de l’excrément. La poche tend à se compliquer; elle offre souvent un tube distinct, entouré de canaux verticaux où viennent aboutir des organes bizarres en forme d’intestins. Les bras sont en nombre variable. On en trouve quelquefois jusqu’à douze; mais généralement il y en a huit. Ils ressemblent à des cils, à des vrilles, à des rubans, à des pétales. Leurs bords sont souvent granuleux ou barbelés.

Avec cette organisation de l’Hydre verte et avec des modifications très-légères, mais très-variées, la Nature a composé la plus grande partie des animaux dits imparfaits qui peuplent l’Océan.

CHAPITRE IX
LES POLYPIERS.