Comme la Nature est féconde et diversifiée dans ses nombreuses créations! Que de variations et de surprises avec le même thème!
II
Les Anémones de mer se tiennent parmi les rochers, souvent dans des crevasses ou des fentes. Il y en a qui logent leur corps dans quelque vieille coquille abandonnée, épanouissant leur collerette autour de son ouverture.
Les individus laissés à découvert par les flots rapprochent leurs tentacules et se dessèchent. Quand la mer revient, ils se gonflent, s’ouvrent et rayonnent de nouveau.
Quoique ces animaux soient très-adhérents, ils peuvent cependant se mouvoir, mais ils le font avec lenteur, par des contractions et des relâchements successifs. Quand ils changent de place, ils étendent par une action imperceptible un des bords de leur base, et retirent le bord opposé. Ils se traînent quelquefois à l’aide de leurs tentacules, qui leur servent alors comme de pieds.
Le professeur Forbes avait une Actinie qui se promenait sur les parois d’un bocal, adhérant alternativement par sa base et par son disque, à la manière des Sangsues (Rymer Jones). Il y a donc, dans la Nature, des fleurs qui se promènent!
A l’approche de l’hiver, les Anémones de nos côtes détachent leur bourse, se laissent emporter par les flots, et vont chercher une température plus douce dans des eaux plus profondes. L’instinct de ces délicieuses bêtes, si différentes des animaux terrestres, est plus assuré, dans ses inspirations, que ne le sont souvent, dans leurs conséquences, les raisonnements suivis des Vertébrés supérieurs. La connaissance de l’instinct chez les animaux est bien certainement une des plus grandes et des plus nobles parties de l’histoire naturelle. Cette partie devrait être étudiée beaucoup plus qu’on ne le fait habituellement.
Lorsqu’une vive lumière éclaire une Anémone, elle épanouit ses tentacules comme un capitule de Pâquerette qui étale ses demi-fleurons. Ces organes s’allongent et se raccourcissent, vont et viennent, se balancent et se tordent autour de sa bouche dilatée. Touchez l’animal avec le bout d’une baguette, ou bien agitez l’eau qui l’environne, et soudain tout se rapproche, se ferme, se contracte et s’amoindrit.
Pendant que l’Anémone étale sa brillante collerette, si un petit ver, un jeune crustacé, un poisson nouvellement éclos, viennent s’y heurter étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l’animal vorace pousse l’imprudente victime vers sa gueule béante, et la précipite dans sa bourse, c’est-à-dire dans son estomac... et consummatum est! La vie des Anémones est un affût continuel!
Les tentacules filamenteux de certaines espèces semblent être de véritables armes offensives. M. Gosse a surpris un de ces filaments au moment où il s’attachait à un petit poisson. La pauvre bête fit quelques efforts pour fuir, et ne tarda pas à succomber. M. Hollard a vu de jeunes Maquereaux se coucher sur le flanc et mourir au simple contact d’une Actinie.