Quand on touche ces tentacules, dit M. Rymer Jones, ils occasionnent une cuisson assez vive. Pendant plus d’une heure, la main demeure rouge, enflammée et douloureuse. Si l’on mord un de ces organes, et qu’on applique la langue sur la partie mordue, on éprouve une sensation brûlante et corrosive.

La propriété toxique des tentacules réside dans de petits organes qui s’étendent sur toute leur peau, et consistent en des capsules innombrables, visibles seulement au microscope, lesquelles contiennent un gros fil entortillé. Au moindre contact, ces capsules semblent se crever et lancer leur fil au dehors. Celui-ci s’attache aux corps étrangers, comme certains fruits épineux (Rymer Jones). Ce fil est ordinairement entouré d’une ou de plusieurs bandes en spirale, dont chacune porte une série de petites barbes. L’appareil tout entier sert à l’émission d’un fluide très-venimeux (Gosse).

Les Anémones sont voraces et vigoureuses. Rien ne peut échapper à leur gloutonnerie: tous les animaux qui s’approchent sont saisis, précipités et dévorés.

Malgré la puissance de leur bouche, ces estomacs insatiables ne retiennent pas toujours la proie qu’ils ont avalée. Dans certaines circonstances, celle-ci réussit à s’échapper; dans d’autres, elle est adroitement enlevée par quelque maraudeur du voisinage, plus rusé et plus actif que l’Anémone.

On voit quelquefois, dans les aquariums, des Crevettes, qui ont senti de loin la proie mangée, se précipiter sur le ravisseur, lui prendre audacieusement sa nourriture et la dévorer à sa place, au grand désappointement de celui-ci. Bien plus, lorsque le morceau savoureux a été complétement englouti, la Crevette, redoublant d’efforts, réussit à s’en emparer au milieu même de l’estomac. Elle fond en plein sur le disque étendu de l’Anémone: avec ses petits pieds, elle l’empêche de rapprocher ses tentacules; elle introduit en même temps ses pinces dans la cavité digestive, et saisit l’aliment. L’Anémone essaye en vain de contracter ses barbillons et de fermer sa bouche... Parfois le conflit devient très-grave entre le Zoophyte sédentaire et le Crustacé vagabond... Quand le premier est un peu robuste, l’agression est repoussée, et la Crevette court le risque de former un supplément au repas de l’Anémone.....

Pendant leur digestion, les Actinies semblent dormir; elles entrent en torpeur. Elles tiennent alors leurs tentacules appliqués les uns contre les autres, formant un dôme pointu au-dessus de leur bouche. Ainsi resserrées, elles figurent assez bien un bouton de plante radiée, par exemple celui d’une Marguerite ou d’un Souci.

La cavité viscérale de ces animaux paraît grande et régulièrement divisée en loges rayonnantes.

Il est remarquable que les papiers réactifs plongés dans cet organe, soit chez l’animal à jeun, soit pendant sa digestion, ne donnent aucun signe, ni d’acidité, ni d’alcalinité. (Hollard.)

Comme les Polypes d’eau douce, les Anémones prennent souvent une quantité de nourriture hors de proportion avec leur cavité stomacale. En moins d’une heure elles peuvent vider la coquille d’une Moule ou réduire un Crabe à ses parties dures, qu’elles ne tardent pas à rejeter, en renversant leur poche digestive. (Hollard.)

Le docteur Johnson rapporte qu’il trouva une Anémone crassicorne[53] qui avait avalé une valve de Pèlerine géante, laquelle était entrée en travers et divisait l’estomac en deux compartiments, l’un supérieur et l’autre inférieur. Ce dernier ne communiquait plus avec la bouche; le corps, fortement distendu, était devenu d’une minceur extrême. Une nouvelle bouche, pourvue de deux rangées de tentacules, s’était formée du côté de la base et desservait l’estomac inférieur. L’animal mangeait ainsi par en haut et par en bas!... Un accident qui aurait été funeste à un animal vertébré avait doublé les jouissances de l’Anémone crassicorne!...