Les Actinies supportent des jeûnes prolongés. Cela devait être chez des organismes adhérents, qui sont forcés d’attendre patiemment la nourriture, et par conséquent exposés à ce qu’elle n’arrive pas toujours à point nommé. Quand nos bêtes ne mangent pas, leur corps diminue graduellement de volume; il s’atrophie, et peut se réduire au dixième de sa masse. Mais quand l’abondance revient, il regrossit avec rapidité, et reprend bientôt son premier embonpoint. On assure qu’une Anémone peut vivre deux ans, même trois, sans nourriture.

Quand on irrite l’Anémone rousse[54], elle lance avec force l’eau contenue dans sa bourse stomacale. Cette singulière habitude, bien connue des pêcheurs provençaux, lui a fait donner le sobriquet peu honnête de pissuso.

Les Anémones ont les sens très-obtus. Elles ne paraissent pas se douter du voisinage de leurs proies; elles ne les sentent pas à la plus faible distance; elles ne font rien non plus pour éloigner d’elles un danger. Chose étrange! si l’eau qui les baigne s’évapore, elles n’ont jamais l’idée de s’approcher d’une flaque voisine, quand bien même leurs tentacules pourraient y atteindre sans changer de place (Rymer Jones). Cependant on a vu plus haut que dans certaines circonstances, conseillées par leur instinct, elles savent à propos se détacher de leur rocher et se laisser emporter par le flot.

L’abbé Dicquemare croit avoir reconnu qu’elles sentent les moindres variations atmosphériques. Est-il vrai qu’elles montent et descendent dans les bocaux, suivant le vent qui domine? (Hollard.)

Les Actinies vivent longtemps en domesticité. Une Anémone rousse a été conservée chez sir John Dalyell l’espace de vingt ans; elle devait avoir au moins dix ans lorsqu’elle fut prise dans la mer. Une autre est restée chez le même observateur treize ou quatorze ans. Ces deux patriarches étaient pleins de vigueur à l’époque où l’on a parlé de leur longévité, et semblaient devoir vivre encore de longues années.

III

A certaines époques, on remarque, dans les tentacules des Anémones, des germes et des embryons; les premiers en repos, les autres en mouvement. Le meilleur moyen pour étudier ces corps, c’est de couper les tentacules avec un instrument tranchant.

Sir J. Dalyell, ayant opéré vers la fin d’octobre sur une Anémone rousse, il tomba de la blessure deux corpuscules. Le premier resta immobile; mais le second déploya une sorte de double mouvement rotatoire, tournant sur lui-même avec beaucoup d’activité. L’un était un œuf, et l’autre une larve.

Ces animaux portent donc leurs œufs et leurs petits, non pas sur leurs bras, mais dans leurs bras!