NAISSANCE D’ANÉMONES
(Actinia equina Linné).

Généralement, les larves passent des tentacules dans la cavité stomacale, et sont ensuite rejetées par la bouche, en même temps que le résidu de l’alimentation. Voilà une bouche qui cumule, en dehors de ses fonctions habituelles, deux emplois bien singuliers!

Les Anémones pâquerettes[55] du Jardin zoologique de Paris ont vomi plusieurs fois de jolis petits embryons, lesquels se sont éparpillés et fixés dans divers endroits de l’aquarium, et ont produit des miniatures d’Anémones exactement semblables à leur mère.

Une Actinie qui avait pris un repas trop copieux, rendit, au bout de vingt-quatre heures, une portion de ses aliments, au milieu de laquelle se trouvèrent trente-huit jeunes individus (Dalyell). C’était un accouchement dans une indigestion!

Les animaux des classes inférieures ont en général, comme fondement de leur organisation, un sac avec une seule ouverture. Cette ouverture remplit (ainsi qu’on l’a vu) des usages très-divers; elle reçoit et rejette, elle avale et vomit. Le vomissement, devenu nécessaire, habituel, normal, ne doit plus être douloureux... Peut-être même s’exécute-t-il avec quelque plaisir; car ce n’est plus une maladie, c’est une fonction, et même une fonction multiple. Chez les Anémones, il expulse l’excrément et pond les œufs; chez d’autres, il sert encore à la respiration. Nos animaux-fleurs jouissent donc d’un vomissement perfectionné et régularisé.

Chez quelques espèces, les petits se forment et naissent à la base de la bourse, en dehors. Par exemple, dans l’Anémone déchirée[56], la partie inférieure du corps devient rugueuse, surtout pendant les mois d’août et de septembre. On aperçoit bientôt, aux bords de cette base, des espèces de bourgeons ou gemmes, lesquels se transforment en embryons, et se séparent de la mère pour constituer autant de nouvelles Actinies. (Dalyell.)

M. Rymer Jones a vu une Anémone déchirée donner vingt petites larves dans un mois, et soixante et dix dans une année.

Parlons maintenant d’un autre mode reproducteur, bien plus extraordinaire. Une Anémone œillet[57], de l’aquarium de M. J. Hogg, adhérait si fortement à la paroi du réservoir, qu’au lieu de se détacher sous l’influence d’efforts très-violents, elle se déchira inférieurement, et laissa contre le verre six petits fragments du bord extérieur de sa base. Ces morceaux, solidement collés, ne servirent, pendant plusieurs jours, qu’à indiquer l’endroit où l’Anémone avait vécu. Au bout d’une semaine, M. Hogg, essayant de les enlever avec une baguette, découvrit, à sa grande surprise, que lesdits fragments se contractaient lorsqu’ils étaient touchés. Peu de jours après, il distingua une rangée de tentacules poussant sur la partie supérieure de chacun d’eux. Bientôt il y eut autant d’Anémones parfaitement formées qu’il y avait de petits morceaux!...

De son côté, la mère s’était guérie de sa perte de substance, et se trouvait aussi complète, aussi bien portante qu’avant la déchirure. (Rymer Jones.)

IV