Les Anémones jouissent, comme les Polypes d’eau douce, de l’admirable faculté de reproduire les morceaux qu’on leur enlève. Si on leur ampute les tentacules, ces organes repoussent avec rapidité, et l’on peut répéter l’expérience, pour ainsi dire, à l’infini.....

Si l’on coupe la bête transversalement par le milieu, la moitié inférieure du corps produit une couronne de tentacules et se complète. Quant à la moitié supérieure, elle continue à saisir des proies et à les engloutir comme par le passé, sans faire attention que la nourriture sort immédiatement par l’ouverture inférieure. Mais bientôt l’Anémone se ravise, et apprend à retenir son repas; et voici ce qui arrive. Tantôt cette seconde ouverture se resserre, se ferme, et il s’organise une nouvelle base; tantôt il naît des tentacules à son pourtour, et il se forme une seconde bouche, opposée à la première; en sorte que l’animal saisit des proies et les avale par en haut et par en bas. Plus tard, il s’opère un étranglement vers le milieu du corps, d’abord faible, et graduellement plus fort. Il en résulte deux Anémones attachées base à base ou dos à dos: Ritta-Christina-Anémone! A cet étranglement succède une rupture, et l’on a des animaux parfaitement indépendants. Ritta et Christina se sont émancipées.

Si l’on divise un de ces Zoophytes dans le sens vertical, de manière à partager sa bourse en deux parties égales, en peu de jours les bords se soudent dans chaque demi-bête, et l’on obtient deux Anémones complètes, mais un peu plus étroites que dans l’état habituel.

Trembley a rendu célèbres les Polypes d’eau douce; l’abbé Dicquemare a illustré les Anémones. Il a fait de nombreuses expériences sur ces curieux animaux, plus remarquables encore par leur ténacité à la vie que par la vivacité de leurs couleurs. Il les a mutilés de toutes les manières; il a toujours vu les fragments isolés supporter vaillamment les douleurs de la vivisection, et sortir tout à fait triomphants de cette rude épreuve.

«On m’accusera peut-être de cruauté, dit cet excellent homme; mais je crois que, vu le résultat de mes expériences, ces animaux auraient plutôt lieu de se féliciter d’en avoir été l’objet. Car, non-seulement j’augmentais la durée de leur vie, mais encore je les rajeunissais

V

Les Anémones sont bonnes à manger.

En Provence, on recherche la rousse et l’Anthée. Du temps de Rondelet, la crassicorne se vendait à Bordeaux à un bon prix. L’abbé Dicquemare regarde cette dernière comme la meilleure pour la table. Lorsqu’elle a bouilli dans l’eau de mer, elle devient ferme et très-appétissante: elle a l’odeur de l’Écrevisse. Le même auteur assure que l’Œillet est aussi très-estimé. Plancus a conseillé de l’apprêter à la manière des Huîtres.

VI

Les Lucernaires, très-voisines des Anémones, en diffèrent par un tissu plus mou et par leur partie supérieure dilatée comme un parasol renversé. Leur corps est porté par un pédicule. Leurs tentacules sont réunis en faisceaux; ils entourent quatre espèces de cornes qui partent de la cavité digestive, et contiennent une matière grenue de couleur rouge.