Et elle rendit assez gracieusement son salut au lieutenant.

Kéravan accepta, au grand plaisir de Jacques, de faire route ensemble…

C’était une aubaine pour le jeune garçon que d’entendre parler du sujet qui le passionnait, surtout par un des acteurs du grand drame qui en rapportait des impressions toutes fraîches.

Et Diane qui, jusqu’alors, s’était fort peu préoccupée de la guerre — Paris était loin du front et dans un certain milieu les privations étaient alors si peu sensibles ! — écouta avec un intérêt croissant le lieutenant raconter les attaques nocturnes sous les rafales d’artillerie, les sombres jours de la retraite que l’officier avait opérée depuis Charleroi jusqu’à la Marne, — six jours sans vivres ! harcelés par l’ennemi et la rage au cœur !

Il parlait de ce temps avec une émotion contenue qui altérait par instants le son de sa voix et qui affirmait mieux que des déclamations enthousiastes son ardent amour pour la France.

La jeune fille s’étonnait que de tels événements, d’une horreur tragique, se fussent déroulés à quelques lieues de Paris, que des Français en eussent souffert jusqu’au dernier degré de la misère humaine, alors que d’autres et elle-même, en particulier, n’en avaient pas été autrement troublés…

L’égoïsme humain lui parut laid tout à coup… Elle ressentit une sorte d’humiliation intérieure en face de ce héros de la Grande Épopée qui racontait les choses si simplement.

Le lendemain matin, Diane elle-même dit à son frère :

— Allons nous promener devant Bagatelle au même endroit qu’hier, M. de Kéravan nous a dit qu’il y allait tous les jours… Puisqu’il t’intéresse…

— Il me semble que tu te réconcilies.