Les promenades à cheval se renouvelèrent presque chaque jour.
Par un accord tacite, sans s’être donné de rendez-vous, les cavaliers se retrouvaient dans l’avenue Henri-Martin, à la même heure, et ils partaient ensemble, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre.
Ils choisissaient les chemins ombreux et discrets auxquels la solitude presque totale du Bois laissait tout leur charme.
Au commencement de mai, ils purent suivre d’un jour à l’autre les progrès du printemps.
C’était un arbre qu’ils avaient remarqué la veille et dont tous les bourgeons avaient éclaté à la fois… C’était une allée qui leur avait paru, deux jours plus tôt, triste et dénudée, et qu’ils retrouvaient baignée dans une ombre verte où passaient des rameaux empanachés ; c’était, sous les sabots des chevaux, l’herbe fine pointant de plus en plus touffue ; c’était encore le soleil plus chaud, la clarté plus lumineuse.
En nul autre endroit la beauté de Diane ne pouvait paraître plus à son avantage que parmi les bois, dans ces matins printaniers d’une lumière si pure…
Son habit d’amazone soulignait la ligne souple de son buste… Elle paraissait vraiment dans le cadre fait pour elle lorsque, très droite en selle, sa tête fine campée en arrière, son teint, pâle habituellement, rosé par l’ardeur de la course, sa poitrine ronde soulevée par la respiration, ses yeux animés, sa svelte silhouette se profilait sur l’horizon des verdures nouvelles.
Plusieurs fois, soit qu’il la vît arriver de loin avec son frère, soit qu’il osât porter les yeux sur elle quand, arrêtés tous trois dans une clairière, ils discutaient sur le chemin à prendre, Hervé de Kéravan n’avait pu s’empêcher de donner à ses yeux ce régal de beauté.
Mais le guerrier au cœur sage tournait bien vite son regard vers des aspects de la nature inanimée moins dangereux pour son repos.
Les millions de la belle Diane suffisaient à écarter de lui à tout jamais les velléités de plaire.