Le général d’Antivy resta silencieux, pendant que la marquise, calmant son émotion légère, faisait disparaître son mouchoir et passait d’un geste habituel ses belles mains sur les côtés de sa coiffure, savant échafaudage où l’oxygène et le henné n’étaient pas étrangers à certain lustre de jeunesse persistante… ce pendant qu’elle fixait son regard sur son visiteur en se demandant ce qui allait encore sortir de désagréable pour elle de son long silence.

Tout à coup le général demanda :

— Quel est celui des admirateurs de Diane qui tient en ce moment le rôle de prétendant ?

— Des admirateurs, général ? C’est beaucoup dire ! Les pauvres garçons ne sont plus là ! Et du reste, notre vie mondaine, cette vie que vous m’avez assez souvent reprochée, est devenue bien restreinte… à part quelques dîners… bridges… ou concerts…

— Ah ! marquise, je vois que vous me gardez rancune !…

— Mais non, mais non, bon ami, je suis habituée.

— Quand je vous exprime, dans mon franc parler de soldat, mes opinions, vous ne devriez y voir que ma profonde tendresse pour vos enfants, les enfants que mon vieux camarade m’a recommandés à l’instant de sa mort… Je lui ai juré de les protéger… de les guider… de tenir sa place, enfin !

Mme de Trivières, toute frivole qu’elle était, possédait un excellent cœur… Par un revirement plein de charme, elle sourit au vieillard et lui tendit sa main, spontanément.

— Pardonnez-moi, bon ami, je sais bien que je devrais plus souvent tenir compte de vos conseils… Mais, que voulez-vous… je suis de mon temps, ou plutôt de celui de mes enfants… Vous savez que je ne vis plus que pour eux !

Le général baisa galamment la belle main et Mme de Trivières ajouta :