Vers onze heures, ils arrivaient en vue du petit restaurant de la mère Hippolyte où M. de Kéravan avait promis qu’on trouverait un bon déjeuner.
— Le service ne ressemblera guère à celui des Réservoirs, mais la cuisine vous dédommagera.
Cette brave femme vous aura bientôt confectionné une gibelotte de lapin exquise et une fricassée de poulet dont elle a la réputation.
Mlle de Trivières était décidée à trouver tout bon et agréable, même la serviette de grosse toile qui remplaçait la nappe, les assiettes de faïence blanches et bleues enluminées de naïfs personnages, les couverts d’étain frottés et reluisants, et les deux roses trempées dans un verre, au milieu de la table étroite ; tout, jusqu’à la petite servante aux joues rubicondes et aux mains maladroites qui tournait autour d’eux.
Ils déjeunèrent devant une fenêtre large ouverte sur le jardinet qui rappelait la guinguette des environs de Paris avec sa tonnelle ronde au fond et ses berceaux de verdure.
Tonnelle et berceaux étaient heureusement vides. Ils ne se remplissaient que le dimanche.
Au delà du petit mur qui encerclait le jardin, la vue s’étendait sur l’admirable vallée. Au premier plan le village de Vaux, dont les maisons groupées pittoresquement entouraient le clocher.
Ce fut un gai déjeuner rempli d’incidents imprévus. Des poules entrant sans façon pour venir picorer les miettes sur la robe de Diane ; un papillon que Jacques réussit à attraper et piquer malgré les protestations de sa sœur. Puis, la mère Hippolyte en personne sortant de sa cuisine entre chaque service, s’essuyant les doigts à son tablier bleu pour venir quêter quelques compliments sur sa cuisine.
— Eh ben, mon officier ? et vous, madame, et vous le p’tit jeune homme ? Qu’est-ce que vous en dites de mon lapin sauté ? hein ?
On irait loin pour manger le pareil !