Diane, chez elle, pendant cette soirée de mai avec sa robe blanche aux mouvements onduleux, sa taille gracieuse, et le sourire qu’elle avait en disant : « Il faudra revenir » et encore, pendant la même soirée, quand il avait ressenti les premiers symptômes de son amour, la voix enchanteresse au timbre si pur qui, par une coïncidence étrange, lui avait pour ainsi dire tracé sa ligne de conduite… Comme Fortunio, il savait que son secret ne dépasserait jamais ses lèvres, dût-il en mourir !
Il voyait encore Diane à l’hôpital, sa face pâle, ses grands yeux rayonnants d’une douce pitié, et l’air dont elle lui avait dit : « Plus leurs plaies sont hideuses, plus ils ont le droit d’en être fiers ! »
Si jamais il devait revenir, comme ce pauvre Jacquet, défiguré ou mutilé, daignerait-elle jeter encore un regard sur lui ?
Il se répondait « oui », car il la croyait aussi noble et aussi bonne qu’elle était belle.
Mais, hélas ! ce n’était point sa pitié qu’il eût convoitée…
C’était enfin Diane insouciante et gaie, la veille, dans la forêt, ou encore à la petite table du déjeuner avec son visage animé, le rire fusant de ses lèvres ouvertes et ce rayon de soleil filtrant à travers les branches qui mettait des tons chauds sur ses cheveux bruns.
Ces trois silhouettes, d’abord distinctes, finirent par se confondre et il s’endormit croyant voir devant lui le sourire énigmatique de l’amazone telle qu’il l’avait rencontrée pour la première fois.
Hervé revint à Paris deux jours plus tard, rompu de fatigue, ayant passé le temps à se promener dans ses terres dont il avait constaté le triste abandon et à écouter les doléances des fermières qui, en l’absence de leurs maris, déclaraient ne pouvoir payer leurs fermages.
Pourtant il recueillit une somme suffisante pour solder le compte arriéré de ses loyers et, aussitôt de retour à Paris, il l’envoya au gérant de la marquise de Trivières.
Hervé ne voulait plus revoir celle qui occupait ses pensées.