Il avait trop rêvé de son image durant sa courte absence ; il ne se sentait plus assez sûr de lui-même, plus assez certain qu’en sa présence rien ne trahît ses sentiments.

Ayant vu Mlle de Trivières traverser le jardin accompagnée de son frère, et ayant entendu résonner sous la voûte le roulement de l’auto, il se présenta à l’hôtel et laissa sa carte au bas de laquelle il griffonna quelques mots de regrets et d’adieu…

Le soir, en rentrant, Mlle de Trivières reçut cette carte qu’elle examina longuement.

Puis la jeune fille monta chez elle, très vite.

Elle ouvrit un tiroir de son petit bureau où elle prit une lettre ouverte et, debout auprès de l’embrasure de la fenêtre, elle compara longuement les deux écritures : celle de la lettre et celle de la carte d’Hervé de Kéravan.

Elle murmura :

— C’est étrange ! Je n’aurais pas cru qu’il fût possible de trouver deux écritures se ressemblant autant !

CHAPITRE IV

Feu le marquis de Trivières avait fait élever, à deux ou trois kilomètres de son château de Vauclair, un chalet au milieu des bois. C’était un rendez-vous de chasse où il aimait quelquefois réunir ses amis, les nemrods de la contrée. Sa fille ayant toujours montré une prédilection pour cette demeure champêtre, d’ailleurs admirablement située, une clause du testament du marquis l’en avait instituée légataire.

A partir de cet été, où elle atteignait sa majorité, la jeune fille devenait la maîtresse incontestée de la Biche-au-Bois. A peine arrivée à Vauclair, elle s’ouvrit à sa mère de son désir d’installer dans son petit domaine le siège de plusieurs œuvres qu’elle désirait fonder. Il y aurait de la place, en haut, en abattant quelques cloisons, pour une quinzaine de lits, et l’hôpital de Bonnétable, le gros bourg le plus rapproché, serait heureux d’y envoyer des convalescents ; plus tard, on ferait venir des petits orphelins. Enfin, la grande salle du bas servirait d’ouvroir et les femmes du pays pourraient y venir travailler. Le curé de Vauclair, venu saluer les châtelaines, s’intéressa aux projets charitables de Diane. Par son entremise, on vit bientôt arriver à la Biche-au-Bois des convalescents, des ouvrières et des religieuses dont le dévouement fut fort apprécié. La marquise de Trivières donnait à sa fille le concours de sa fortune et de ses relations dans le pays.