Il faudrait trouver un moyen, une… ruse quelconque qui leur permît de faire leur connaissance réciproque et approfondie sans qu’ils fussent avertis qu’il s’agit de mariage… presque en dehors de nous, qui les fît ébaucher un petit roman et s’aimer comme de vrais amoureux… des amoureux de mon temps.
— Ah oui ! dit la marquise en riant, la petite fleur bleue, les marguerites effeuillées, les tendres aveux. Mon ami, je crois que votre neveu sera un fameux magicien s’il peut convertir ma fille à ces charmantes bêtises sentimentales.
— … Sait-on jamais ? Qui vous assure que Diane ne soupire pas aussi après le moment où elle découvrira la petite fleur bleue ?
— Ah ! ah !
— C’est pourtant cette fleur de poésie qui fait le charme le plus certain des préliminaires du mariage… C’est du reste pour cette raison que, ne l’ayant jamais trouvée, je suis resté vieux garçon.
— Ou bien, vous avez passé auprès du bonheur, vous l’avez rencontré par hasard sans le connaître.
— Par hasard ? rencontré ? Non, marquise. Pour moi, le bonheur n’est pas un effet du hasard. Je considère le bonheur comme un art très difficile, très compliqué et dont la condition première est, pour nous autres hommes : la femme. J’entends une femme digne d’être aimée… Voici pourquoi je désire qu’Hubert, cet enfant qui représente le plus grand intérêt de ma vie, mette dans son jeu tous les atouts en choisissant une femme accomplie…
— Et malgré toutes les précautions, raisonna la marquise, il arrive souvent que ce bonheur si bien combiné tombe et s’écroule comme un château de cartes.
— Mais reconnaissez de bonne foi que si le château de cartes est d’avance boiteux et mal ajusté, il n’en aura que plus de chances pour s’écrouler.
— Mon Dieu, soupira Mme de Trivières, qu’y a-t-il de stable en ce monde ?… et surtout à l’heure actuelle ? Je vous avoue que je tremble en m’occupant de mariage pour ma fille en un tel moment !